Par Mohamed Afri
Il n’y a pas si longtemps, lorsqu’une douleur apparaissait, la première étape pour s’en débarrasser ne dépassait pas le cercle de la pharmacie et de celui qui portait la blouse blanche derrière son comptoir. La pharmacie et la description des symptômes à son personnel constituaient alors la première consultation médicale, menant au début d’un traitement qui se terminait psychologiquement par l’obtention d’un médicament et la guérison d’un mal passager, évitant ainsi au patient l’errance vers l’hôpital, la clinique ou le cabinet médical. Les données officielles récentes témoignent d’ailleurs que la relation du Marocain avec le médecin n’a réellement commencé qu’à partir des années 1980.
Si l’on insiste sur l’aspect psychologique ou sur la rareté de cette relation, c’est parce que la confiance que les Marocains plaçaient depuis longtemps dans le pharmacien – aussi bien en ville qu’à la campagne – les amenait à penser que la guérison dépendait davantage de cet homme que du médecin lui-même. Chez d’autres catégories, selon leur conscience, leurs traditions, leur culture et leur héritage, le recours était tourné vers l’homme de religion ou le guérisseur, ou encore vers la médecine traditionnelle : du raqi (exorcisme) au masseur, jusqu’au hijama (saignée). Une réalité encore bien présente aujourd’hui, avec un champ élargi et des pratiquants de plus en plus nombreux.
Avec l’essor des technologies de l’information, la première consultation médicale s’est réduite à un clic sur « Google » ou sur d’autres moteurs de recherche, permettant au patient d’obtenir un savoir initial, souvent juste et complet, pouvant le guider vers un traitement médicamenteux ou l’orienter vers un médecin spécialiste.
Mais la « grande révolution » reste l’irruption de l’intelligence artificielle, désormais incontournable dans tous les domaines. La consultation médicale a pris une dimension numérique plus précise et plus répandue, au point que des médecins et spécialistes marocains recommandent aujourd’hui l’utilisation de « Chat-GPT » pour identifier certains symptômes, tout en soulignant que cela doit se faire sous conditions. Ils reconnaissent que ces outils de conversation et de génération de texte peuvent fournir des indications utiles, qui doivent toutefois aboutir à une visite médicale, sans se limiter aux échanges avec une application intelligente.
Ces experts insistent également sur l’importance de considérer ces outils comme une étape préliminaire pour obtenir une orientation générale, en particulier dans les cas simples ou non urgents. Cependant, ils rappellent qu’ils ne remplacent pas le diagnostic clinique fondé sur l’examen et les analyses médicales, et qu’il faut distinguer entre l’information générale fournie par l’IA et la consultation spécialisée qui prend en compte l’historique complet du patient.
En recommandant l’utilisation d’outils d’IA – qu’il s’agisse d’applications, de dispositifs ou de chatbots – les médecins soulèvent de nombreuses interrogations : cette utilisation est-elle réellement rationnelle et optimale ? Offre-t-elle la valeur ajoutée attendue ?
L’aspect intéressant de « Chat-GPT » et de l’intelligence artificielle en général est qu’ils transforment le rôle du patient : de simple récepteur de soins, il devient partenaire actif dans une équipe composée de médecins, d’infirmiers, de pharmaciens et de thérapeutes. La médecine moderne ne considère plus le patient comme passif, mais comme un acteur qui participe à la décision thérapeutique et préventive, dans un cadre de conscience sanitaire et culturelle de plus en plus nécessaire.
Et si « Chat-GPT » s’impose désormais dans l’accompagnement des patients, allant au-delà de la simple consultation vers des protocoles thérapeutiques, la pharmacie et ses acteurs – en particulier le pharmacien – restent pour les Marocains un refuge sûr de la première consultation. Moi le premier, je continue à m’y rendre, en attendant que l’intelligence artificielle m’inclue parmi ceux qui plongent dans ses profondeurs.










