elhazziti mohammed anouar. expert et chercheur en développement territorial. membre de l’institut international des sciences administratives
À quelques mois des élections législatives de 2026, le Maroc s’engage dans une nouvelle étape de sa vie démocratique. Comme à chaque échéance électorale, les partis politiques multiplient les initiatives pour convaincre les électeurs et présenter leurs visions du développement économique, social et institutionnel du Royaume. Toutefois, au-delà de la compétition entre les formations politiques, un autre enjeu apparaît de plus en plus déterminant : celui de la confiance des citoyens dans le processus électoral lui-même.
Le débat qui accompagne ces élections ne porte plus uniquement sur le choix des candidats ou des programmes. Il interroge également la capacité des institutions représentatives à répondre efficacement aux attentes de la population. Dans de nombreux espaces de discussion, qu’il s’agisse des médias, des universités, des réseaux sociaux ou des débats publics, une même interrogation revient avec insistance : le vote demeure-t-il un instrument capable d’influencer les politiques publiques et d’améliorer concrètement les conditions de vie des citoyens ?
Cette évolution ne traduit pas nécessairement un désintérêt pour la politique. Les questions relatives au pouvoir d’achat, à l’emploi, à l’éducation, à la santé, au logement, à la gouvernance ou au développement territorial demeurent au cœur des préoccupations des Marocains. Les débats publics témoignent, au contraire, d’un intérêt soutenu pour les grands enjeux nationaux. Ce qui semble évoluer, c’est davantage la perception de l’efficacité du vote en tant que mécanisme de changement.
Les spécialistes des sciences politiques décrivent ce phénomène comme une diminution du sentiment d’efficacité politique, c’est-à-dire de la conviction selon laquelle un citoyen peut, par sa participation électorale, exercer une influence réelle sur les décisions publiques. Lorsque cette perception s’affaiblit, l’abstention ne constitue pas toujours une manifestation d’indifférence. Elle peut également traduire une attente plus forte à l’égard des institutions et une exigence accrue de résultats, de transparence et de responsabilité.
Le contexte économique contribue largement à cette évolution. Malgré les progrès réalisés par le Maroc au cours des deux dernières décennies en matière d’infrastructures, de développement industriel, de transition énergétique, de protection sociale et de modernisation administrative, une part importante de la population demeure confrontée à des difficultés quotidiennes. La hausse du coût de la vie, les tensions sur le pouvoir d’achat, l’accès au logement, ainsi que les défis persistants de l’emploi, notamment pour les jeunes diplômés, alimentent les attentes à l’égard des politiques publiques.
Dans ce contexte, les citoyens évaluent de plus en plus les responsables politiques en fonction des résultats effectivement obtenus plutôt que de leurs engagements de campagne. Les promesses électorales ne suffisent plus à convaincre ; elles sont désormais confrontées à une demande croissante de réalisations concrètes, mesurables et rapidement perceptibles dans la vie quotidienne.
Cette transformation s’inscrit dans une dynamique observée dans de nombreuses démocraties. Les appartenances partisanes traditionnelles tendent à s’affaiblir, tandis que les électeurs adoptent une approche plus pragmatique de la politique. Les choix électoraux sont de plus en plus influencés par l’évaluation des performances publiques, de la qualité des services, de l’efficacité des politiques économiques et de la capacité des gouvernements à répondre aux attentes sociales.
Les nouvelles générations illustrent particulièrement cette évolution. Davantage connectés aux réseaux numériques et à l’information en temps réel, les jeunes électeurs portent un regard plus exigeant sur l’action publique. Ils attendent des politiques publiques qu’elles produisent des effets concrets en matière d’emploi, de mobilité sociale, de qualité des services publics et d’égalité des chances. Cette exigence conduit à une évaluation permanente des institutions, bien au-delà des seules périodes électorales.
Les réseaux sociaux jouent également un rôle croissant dans la formation de l’opinion publique. Ils constituent aujourd’hui un espace privilégié de débat, de mobilisation et de critique de l’action politique. Les campagnes électorales ne se déroulent plus uniquement sur le terrain ou dans les médias traditionnels ; elles se prolongent désormais sur les plateformes numériques, où les citoyens confrontent les discours politiques aux réalités économiques et sociales. Cette évolution renforce les exigences de transparence et accentue la demande de communication permanente entre les élus et les citoyens.
Face à ces transformations, les partis politiques et les institutions sont confrontés à un défi majeur : restaurer durablement la confiance. Au-delà des programmes électoraux, cette confiance dépend de la capacité des responsables publics à rendre compte de leur action, à expliquer les choix effectués, à dialoguer avec les citoyens et à démontrer l’impact concret des politiques mises en œuvre.
La société civile participe également à cet effort en encourageant la participation électorale et en plaidant pour le renforcement de la gouvernance démocratique. De nombreuses initiatives visent à promouvoir l’éducation civique, la transparence institutionnelle, la participation citoyenne et le suivi des politiques publiques. Ces démarches rappellent que la démocratie ne se limite pas à l’organisation régulière d’élections, mais suppose également un dialogue continu entre les institutions et la société.
Les enjeux des élections législatives de 2026 dépassent ainsi la simple désignation d’une nouvelle majorité parlementaire. Le prochain Parlement devra répondre à des défis majeurs liés à la compétitivité économique, à l’emploi, à la réforme de l’éducation, à la généralisation de la protection sociale, à la transition écologique, à la transformation numérique et au développement territorial. Les décisions qui seront prises au cours de la prochaine législature influenceront durablement la trajectoire de développement du Royaume.
Dans cette perspective, le principal défi des prochaines élections réside peut-être moins dans la mobilisation autour des programmes que dans la consolidation du lien de confiance entre les citoyens et leurs institutions. Une participation électorale élevée demeure un indicateur important de vitalité démocratique, mais elle repose avant tout sur la conviction que le vote constitue un véritable instrument d’influence et de responsabilité publique.
À l’approche du scrutin, la question essentielle ne sera donc pas seulement de savoir quelle formation politique remportera les élections. Elle consistera également à mesurer la capacité du système politique à convaincre les citoyens que leur participation demeure indispensable au fonctionnement de la démocratie et à la construction des politiques publiques. Plus que jamais, le renforcement de la confiance apparaît comme l’une des conditions essentielles à la consolidation démocratique et au développement durable du Maroc.








