Des chiffres effrayants que ne sauraient masquer les phrases creuses de ministres parlant comme si le Maroc avait commencé avec eux, alors qu’ils n’auraient jamais imaginé entrer au gouvernement pour régler une affaire personnelle avant de se retrouver à décider du destin d’un peuple entier. Des chiffres que ne peuvent dissimuler non plus les déclarations de parlementaires ayant montré une forme de « haine » envers les Marocains et de mépris pour leurs concitoyens. Et il ne s’agit pas ici de données inventées par des opposants politiques ni d’associations proches de certains courants partisans.
Ces chiffres alarmants proviennent d’institutions officielles, dont la rigueur scientifique et les standards internationaux ne souffrent aucune contestation. Leurs rapports et études doivent être lus attentivement, car ils orientent le pays sur la voie à suivre.
Le Wali de Bank Al-Maghrib a ainsi déclaré, lors d’une récente rencontre, que 47 % des jeunes sont au chômage. Autrement dit, près de la moitié des catégories aptes à travailler, celles qui devraient constituer le moteur de la production, sont exclues du cycle productif. On ne peut imaginer un pays aspirant au développement en gelant la moitié de son potentiel humain.
Cette situation découle directement des politiques gouvernementales de l’emploi, qui ne misent pas sur le tissu productif, mais servent les intérêts du « grand conglomérat d’intérêts ». La faiblesse de ces politiques réside dans l’absence de sens social chez un gouvernement qui a choisi une logique d’« assistance », se vantant que quatre millions de ménages – soit 12 millions de Marocains – bénéficient d’un soutien direct, somme dérisoire au demeurant.
Là où le chef du gouvernement voit un motif de fierté, il ne s’agit en réalité que d’un aveu d’échec : 12 millions de Marocains ne sont affiliés à aucun système d’emploi ni de couverture sociale. Le fameux « indicateur » est devenu une mascarade sociale. Beaucoup de petits métiers s’en trouvent paralysés, de peur d’être privés de ce soutien. Même les employés domestiques ou les agents de sécurité rechignent à signer des contrats de travail, car cela les priverait de l’« indicateur ». Celui-ci s’est transformé en un instrument purement électoraliste, loin de toute solution réelle aux problèmes structurels.
La sortie de crise ne peut passer que par de véritables politiques d’emploi, un lien effectif entre formation et marché du travail, et un pari audacieux sur la production industrielle plutôt que sur les seuls services, afin de créer des postes durables.
Pire encore, le gouvernement n’a pas seulement gelé l’emploi, il a laissé disparaître des milliers de postes chaque année. Les créations annoncées ne compensent même pas les pertes, encore moins les nouveaux entrants sur le marché.
Assez de slogans vides : il faut demander des comptes aux ministres sur leurs propos, refuser toute normalisation avec les discours creux et n’accepter que la vérité des chiffres. Et que répondra donc le gouvernement à cette réalité soulignée par Abdellatif Jouahri : 47 % des jeunes Marocains sont au chômage ?










