Lorsque des centres d’études publient des chiffres aussi préoccupants, le gouvernement se doit de s’arrêter pour une réflexion sérieuse. Et puisque les données en question concernent la politique et l’abstention électorale, les partis politiques doivent eux aussi procéder à une véritable remise en question afin de comprendre les causes de ce phénomène et de trouver les moyens d’y remédier, car il s’agit d’une crise réelle.
L’étude indique qu’environ 25 millions de Marocains ont atteint l’âge de voter et sont donc éligibles au statut d’électeur. Pourtant, le nombre d’inscrits sur les listes électorales n’atteint pas 17 millions, tandis que les citoyens qui se rendent effectivement aux urnes ne dépassent pas les neuf millions, soit à peine un tiers des personnes ayant le droit de vote.
Ce chiffre est particulièrement alarmant. Cependant, dans la mesure où les partis politiques semblent davantage préoccupés par le nombre de sièges obtenus que par le nombre d’électeurs, ces statistiques ne paraissent guère les affecter.
La responsabilité des partis politiques est donc clairement engagée.
D’abord, il y a une responsabilité morale. Les partis politiques constituent, en grande partie, la première cause de l’abstention politique. Par nature, le citoyen est un être politique. Si les partis étaient capables de proposer des modèles crédibles et attractifs, les citoyens feraient la queue pour s’inscrire sur les listes électorales, puis pour voter. Mais comme la plupart des modèles proposés ont surtout servi des intérêts particuliers, les citoyens ne perçoivent plus l’utilité des élections.
Les partis politiques portent une responsabilité entière dans cette situation, car ce sont eux qui investissent des candidats dont ils connaissent parfaitement les zones d’ombre. Certes, la loi ne peut empêcher une personne de se présenter à une élection qu’à la suite d’une décision judiciaire la privant de ses droits civiques. Mais les partis demeurent responsables de l’octroi de leurs investitures à des « dinosaures » de la politique, afin de garantir des sièges qui renforcent leur position dans les négociations pour les postes gouvernementaux ou leur assurent divers soutiens.
Ensuite, il existe une responsabilité technique. Aucun parti politique, ou presque, n’a organisé de grandes campagnes de sensibilisation à travers le Royaume pour encourager les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales. Aucun n’a entrepris de tournées pour distribuer des brochures d’information, comme ils le font pendant les campagnes électorales. Aucun n’a frappé aux portes des citoyens pour leur expliquer l’importance de l’inscription sur les listes électorales et du vote.
Seul le ministère de l’Intérieur mène des campagnes de communication à la télévision, à la radio et dans les autres médias afin d’inciter les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales. Pourtant, les partis politiques, qui bénéficient de financements publics destinés à l’encadrement et à la sensibilisation des citoyens, n’assument pas pleinement cette mission.
Le rôle du ministère de l’Intérieur est avant tout administratif, puisqu’il supervise l’organisation des élections. En revanche, il n’est pas politiquement responsable de l’inscription des citoyens sur les listes électorales. Cette mission relève des attributions fondamentales des partis politiques, auxquels la Constitution a accordé une place importante et les moyens nécessaires pour accomplir leurs fonctions, au même titre que les syndicats. Malheureusement, ces partis ont délaissé leur mission essentielle pour poursuivre d’autres objectifs qui ne relèvent pas de leur vocation première.









