L’après Génération Z ne doit pas ressembler à ce qui l’a précédé. La continuité naturelle de la scène politique marocaine ne signifie pas qu’il ne faille pas en transformer l’essence. Toute modification purement formelle resterait vaine, car nous sommes face à de nouvelles expressions sociales. Cela ne veut pas dire qu’elles soient nécessairement justes ou fausses, mais leur évaluation exige un travail scientifique rigoureux pour comprendre les causes, les motivations et les arrière-plans. Sans détour ni ambiguïté, il est évident que notre société traverse des mutations profondes, et il n’est pas logique d’y répondre avec les mêmes outils anciens.
Avant la Génération Z, nous en parlions hier dans l’éditorial ; aujourd’hui, il est question de l’après. Se limiter à constater les événements en cours reviendrait à se résigner à la crise. Nous observons une gestion précise des dérapages, encadrée par les lois en vigueur et selon les règles établies. Tout ce qui se situe en marge de ce cadre ne représente pas la politique de l’État. Mais la fin d’une contestation ne signifie pas la fin de la crise ni celle des causes qui l’ont engendrée.
Le premier concerné par cet « après » est la Génération Z elle-même. Après les manifestations et la satisfaction des revendications jugées légitimes – et nul ne peut nier qu’il en existe – ce jeune mouvement ne peut demeurer figé, au risque de sombrer dans une vieillesse prématurée qui tue l’innovation. Il doit produire des visions d’avenir.
Ces visions doivent être liées à la perception de la scène politique, des partis et des organisations civiles. Il est contradictoire d’entendre certains jeunes affirmer qu’ils sont éloignés de la politique et que leurs revendications sont uniquement sociales, alors qu’en réalité ils pratiquent pleinement la politique par le biais de la protestation publique et de l’occupation de l’espace commun.
Ceux qui portent ces slogans doivent comprendre que les partis politiques, en tant qu’outils de gouvernance à travers les gouvernements, sont les premiers instruments du changement et des révolutions de la Génération Z. Sans investissement de ces structures partisanes, les gouvernements qui suivront resteront semblables à celui d’Akhannouch, même si mille élections, parfaitement transparentes, venaient à être organisées. Car les partis gardent le contrôle des circuits de candidature et d’éligibilité.
À défaut de pouvoir pénétrer ces formations, en raison de leurs structures rigides, la Génération Z devrait au moins concentrer ses efforts sur le soutien aux candidats proches de ses aspirations. Rappelons à ce propos que le ministre de l’Intérieur avait déclaré qu’aucune personne suspecte ne serait autorisée à se présenter aux élections.
L’après Génération Z implique aussi une approche constitutionnelle vis-à-vis des institutions constitutionnelles, lesquelles, sous le gouvernement Akhannouch, se sont réduites à de simples façades produisant des rapports que les ministres tournent en dérision malgré leur valeur scientifique. Redonner toute sa place au Parlement est une priorité : il ne doit plus être une scène où les apprentis politiciens étalent leur insolence. Le gouvernement non plus ne doit se limiter à des slogans creux prétendant prendre en charge les citoyens « du berceau à la vieillesse », ni compter un ministre moquant les « chaussettes des responsables », ni encore un chef de gouvernement justifiant des avantages indus pour ses propres entreprises.
Assurément, l’après Génération Z ne saurait être identique à ce qui l’a précédé.










