À l’approche des élections, Aziz Akhannouch, président du Rassemblement national des indépendants et chef du gouvernement, apparaît comme l’un des principaux acteurs des dérives partisanes. Jusqu’à présent, il n’a pas réussi à opérer une séparation méthodologique entre ses deux fonctions, alors que ses partisans continuent de l’appeler « le président ». Certains d’entre eux utilisent même des expressions relevant des « usages protocolaires » que les Marocains savent réservés à Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Lors des tournées de communication qu’il mène sous l’étiquette de son parti, Akhannouch entretient une confusion constante entre ses deux statuts. Il met en avant son rôle de chef du gouvernement plus encore que celui de dirigeant partisan, utilisant son positionnement institutionnel pour renforcer son influence politique. Ainsi, le gouvernement devient un outil au service du parti, alors que, constitutionnellement, c’est le parti qui devrait soutenir l’action gouvernementale en tant que composante de la majorité.
Le plus préoccupant n’est pas seulement l’utilisation des moyens gouvernementaux à des fins partisanes, ni la mobilisation des réalisations supposées du gouvernement pour la propagande électorale. Le plus grave réside dans l’appropriation des réalisations royales pour servir à la fois l’exécutif et le parti.
En s’attribuant les initiatives royales, Akhannouch tente de masquer les échecs de son gouvernement et de les convertir en arguments politiques. Que signifie alors le fait d’affirmer que « le gouvernement poursuit ses engagements, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, afin de bâtir un État social fort garantissant dignité et justice » ?
L’État social est en réalité un projet royal. Le gouvernement n’en assure que l’exécution parce que la Constitution lui en attribue les moyens et les mécanismes. Aucun parti politique ne peut, de ce fait, utiliser les réalisations royales dans un objectif de promotion politique.
Tout ce qui relève de l’action de Sa Majesté — qu’il s’agisse de l’État social ou des grands projets stratégiques — appartient à tous les Marocains ainsi qu’à l’ensemble des forces politiques, majorité comme opposition. À l’inverse, l’action gouvernementale constitue le seul champ où l’on peut attribuer réussites ou échecs aux partis de la majorité, et qui peut légitimement nourrir la compétition politique.
Les programmes électoraux des partis, quelles que soient leur forme ou leur faisabilité, demeurent le fondement du contrat avec la société. Ce sont eux que les gouvernements doivent traduire dans la réalité et ce sont eux qui constituent la base de la reddition des comptes. Les partis de la majorité doivent défendre ce qu’ils ont réalisé à partir de ces programmes, et non se reposer sur des réalisations qui ne leur appartiennent pas.
Ce que fait Akhannouch durant ses tournées partisanes relève clairement de l’appropriation des symboles communs. Or cela ne peut être toléré. La religion, l’unité territoriale et la monarchie sont des symboles qui appartiennent à tous les Marocains. Tout ce qui découle de ces fondements partage le même statut. De la même manière qu’un prédicateur ne peut faire la promotion d’une orientation politique, il est interdit d’exploiter des symboles liés à l’unité nationale ou à la monarchie. Les grands projets et stratégies pilotés par Sa Majesté en font partie.
Sa Majesté avait d’ailleurs rappelé, dans un discours antérieur, que certains projets nécessitant rapidité d’exécution et vision stratégique intégrée ne peuvent être menés ni par le gouvernement ni par le Parlement.
Le gouvernement a son propre champ d’action. C’est ce champ que son chef devrait défendre










