Lorsque certains manifestants réclament un procès public du gouvernement, ils font sans doute allusion à ce que font certains médias, qu’ils soient publics ou privés. En effet, le gouvernement porte la plus haute responsabilité de la situation que vivent les Marocains, puisqu’il est celui qui prend les décisions. Ces décisions ont conduit à une inflation galopante et à une hausse généralisée des prix en seulement trois ans, alors que les salaires, eux, sont restés figés.
Le gouvernement est responsable de ce qui se passe dans notre pays. Si le désordre et les actes de vandalisme nécessitent l’application de la loi pour punir les fauteurs de troubles, il faut également sanctionner ceux qui ont ouvert les portes à la corruption, à l’origine de la crise qui a poussé les jeunes à descendre dans la rue, mouvement dont les casseurs ont profité.
Depuis quatre ans, le gouvernement reste enfermé dans une bulle, loin des préoccupations des citoyens. Pire encore, il prend de nombreuses mesures contre le pouvoir d’achat du peuple et, non content de cela, il a consacré et enraciné la médiocrité au sein des institutions et de la société.
Le premier domaine où le gouvernement a introduit la médiocrité est celui des institutions. Et la première victime de cette majorité gouvernementale fut le Parlement, noyé par certains députés qui en ont fait un lieu d’immaturité politique et d’invectives lancées contre leurs collègues et, à travers eux, contre le peuple, sans la moindre gêne. Le but est clair : discréditer l’action politique et éloigner davantage les citoyens, surtout les jeunes, des institutions.
Éloigné des institutions, le peuple, et en particulier la jeunesse, a perdu confiance dans les partis politiques — ce pont essentiel entre les citoyens et les institutions — et ne trouve plus d’autre espace d’expression que les réseaux sociaux et la rue.
Les programmes mis en place par ce gouvernement n’ont fait que renforcer la médiocrité et éloigner la jeunesse du sérieux. Le divertissement n’est pas synonyme de promotion d’un art vulgaire et vide de sens. Avec ce type de “culture”, toutes les valeurs qui structuraient la jeunesse et guidaient son comportement se sont effondrées. C’est ainsi que les manifestations deviennent de plus en plus incontrôlées, faute d’un encadrement institutionnel crédible.
Un gouvernement qui consacre la médiocrité parce que sa composition même réunit des personnes qui n’ont pas encore réalisé qu’elles sont ministres — ou qui ne comprennent pas qu’un poste ministériel est une mission à accomplir, et non un privilège pour dominer les citoyens. Jusqu’à ce qu’un ministre en vienne à mépriser un fonctionnaire en lui lançant : « Je connais la couleur de tes chaussettes » ou « Mon fils a deux licences ». Et un autre qui ose dire : « Le gouvernement s’occupe de vous du berceau à la vieillesse », alors qu’il n’a fait qu’augmenter tous les prix, y compris celui du lait pour enfants.
Un ministre se présente sur une chaîne publique en affirmant qu’il y parle en tant que membre de son parti et non comme membre du gouvernement. Deux faits importants en ressortent : premièrement, il est impossible de dissocier la fonction ministérielle de la personne qui l’exerce, surtout dans un moment aussi critique ; deuxièmement, cela montre que le gouvernement est désormais rejeté jusque dans ses propres rangs. Chacun cherche à s’en détacher, à le fuir comme s’il était atteint de la lèpre. En réalité, il souffre simplement d’une maladie chronique : la consécration de la médiocrité — et si ce gouvernement avait la moindre valeur, ses propres membres ne s’en détourneraient pas ainsi.










