Les Marocains ont toujours su distinguer les niveaux de langage selon السياق. Ce qui se dit entre amis autour d’une partie de cartes ne peut pas être répété à la maison. Même entre amis, il existe des catégories qui acceptent la plaisanterie et d’autres qui la considèrent comme un manque de respect.
Avant d’aborder ce qui s’est passé et ce qui continue de se produire au sein du Parlement — des comportements indignes entre ministres et parlementaires, ou entre parlementaires eux-mêmes — rappelons cette ancienne histoire, éloignée de la politique mais étrangement proche.
Un jour, un transmetteur de hadiths voyageait pour écouter les récits des grands savants. Arrivé dans un village qu’il ne connaissait pas, il demanda où trouver l’un de ces érudits. On lui indiqua un homme assis dans une ruelle, mangeant quelque chose. Le voyageur fit immédiatement demi-tour et renonça à recueillir son témoignage. Pourtant, d’un point de vue religieux, manger dans la rue n’est pas interdit. Mais pour un homme de science, cela était considéré comme contraire à la « muru’a » (la dignité morale).
L’idée centrale est qu’une chose peut être acceptable dans un contexte mais totalement inappropriée dans un autre. De même, ce qui est permis à une personne ne l’est pas forcément à une autre occupant une fonction différente.
Un ministre reste un être humain comme tout le monde, et un parlementaire n’est pas différent des autres citoyens. Mais leurs positions exigent une exemplarité particulière. Il est naturel qu’un ministre ou un parlementaire fréquente les marchés, les ruelles, fasse ses courses, voyage et se divertisse — mais cela doit rester en dehors de l’institution qu’il représente.
Tout acte de mépris envers un parlementaire, venant de qui que ce soit et surtout depuis l’intérieur même de l’institution, ne constitue pas un affront à sa personne, mais bien à l’institution tout entière.
Il fut un temps où feu le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme, qualifia le Parlement de « cirque » en entendant les éclats de voix et le désordre qui y régnaient. Ce n’était pas pour minimiser l’importance de l’institution législative — lui qui a construit l’État moderne — mais pour dénoncer l’attitude de certains de ses membres qui ne respectaient pas la grandeur de leur fonction.
Le Parlement est l’institution chargée de légiférer et de contrôler l’action du gouvernement. C’est de lui que proviennent les lois, lesquelles servent justement à encadrer les comportements. Comment se fait-il qu’il ne dispose pas d’un code de conduite, ou qu’il en ait un mais jamais appliqué ?
Si le gouvernement continue à traiter le Parlement avec moquerie, condescendance et indifférence — avec des ministres qui se présentent quand bon leur semble et se montrent hautains envers les élus — et si certains parlementaires persistent à humilier leurs collègues pour simple divergence d’opinion, alors toutes les raisons du désengagement politique resteront intactes.
On ne peut pas demander aux citoyens de s’inscrire sur les listes électorales, de se rendre aux bureaux de vote et de choisir un candidat, si l’image renvoyée par le Parlement est celle-là. Certes, il faut distinguer clairement l’institution de ceux qui l’occupent. Mais pour la population, cette nuance n’existe pas. C’est pourquoi il est nécessaire de mettre un terme à ces comportements, quelle qu’en soit la source.










