Les productions ramadanesques des médias publics marocains ne sont qu’un exemple révélateur de l’état auquel ils sont parvenus. Ils ont perdu une large partie de leur public, parti vers d’autres chaînes, et au lieu d’accompagner le mois de Ramadan par la culture marocaine, le téléspectateur s’est mis à chercher le divertissement à travers d’autres cultures.
La « dégradation » atteinte par les médias publics ne se limite pas aux seules productions ramadanesques. Toutefois, ce mois sacré se distingue par une accumulation d’œuvres dramatiques, contrastant avec un vide quasi total durant le reste de l’année. C’est pourquoi ces productions sont fortement mises en lumière et soumises à un jugement artistique, le public demeurant le premier critère pour évaluer leur qualité, avant même l’intervention des critiques.
Le problème fondamental dont souffrent les médias publics réside dans leur volonté de se comporter comme des concurrents commerciaux sur le marché, par crainte de perdre des parts d’audience. Ils sont ainsi devenus de sérieux concurrents des médias privés, alors que ces derniers cherchent avant tout l’audience afin d’obtenir leur part de publicité, recourant à tous les moyens possibles, souvent au détriment de la qualité.
Or, les médias publics ne devraient pas être soumis à une logique de concurrence, si ce n’est par la qualité. Leur accaparement d’une large part des recettes publicitaires mérite d’ailleurs d’être reconsidéré, car cela constitue en soi un frein à la qualité et les rend dépendants des annonceurs, lesquels imposent leurs conditions aussi bien sur la production que sur la diffusion, alors même que les médias publics sont entièrement financés par l’argent des contribuables.
Il n’est pas du droit du téléspectateur de demander des comptes à une chaîne privée pour la diffusion de telle ou telle œuvre, sauf en cas de violation de la loi. En revanche, il est en droit d’exiger des comptes des médias publics, financés par les deniers publics auxquels chaque citoyen contribue d’une manière ou d’une autre, ce qui lui confère un droit légitime de contrôle.
La dépendance des médias publics à la publicité constitue une soumission anormale d’un service financé par l’argent public aux intérêts des entreprises, qui vont jusqu’à imposer les horaires de diffusion des annonces, parfois incompatibles avec le moment où les familles sont réunies autour de la table de l’iftar pendant le Ramadan. Au lieu que le principal financeur, à savoir le citoyen, impose ses exigences, c’est l’annonceur qui soumet l’ensemble du processus de production à ses intérêts.
De nombreuses productions sont diffusées en masse juste après l’iftar, alors que beaucoup de Marocains choisissent de se rendre à la prière des tarawih. À leur retour de la mosquée, ils ne trouvent rien qui mérite d’être regardé et se tournent alors vers d’autres chaînes, capables d’attirer et de fidéliser le public, contrairement à nos chaînes nationales, que le téléspectateur choisit pour leur identité marocaine mais qui finissent par le repousser.
Dans les pays considérés comme le berceau des médias et leur principal moteur, les médias relevant de l’État — qu’ils soient financés par des ministères, des établissements publics ou des entreprises étatiques — se voient interdire totalement le recours à la publicité, afin de les éloigner de la concurrence avec les médias privés et de préserver leur qualité.










