Ce qui se déroule actuellement au Moyen-Orient s’apparente à une guerre mondiale, même si elle n’a pas été officiellement déclarée. Elle se déroule dans une région extrêmement sensible. Si la guerre en Ukraine a affecté les chaînes d’approvisionnement en blé, et si son impact sur l’approvisionnement en gaz vers l’Europe relevait en partie de choix stratégiques, la guerre actuelle, elle, menace directement des chaînes d’approvisionnement vitales. La marine iranienne a entamé la fermeture du détroit d’Ormuz, véritable artère du commerce mondial, tandis que les Houthis ont annoncé leur intention de bloquer le détroit de Bab el-Mandeb.
Environ un quart du commerce mondial de pétrole et de gaz transite par le détroit d’Ormuz, ainsi qu’environ un huitième des autres échanges commerciaux mondiaux. Les développements en cours auront inévitablement un impact sur les chaînes d’approvisionnement. À cela s’ajoute le fait que le Moyen-Orient demeure le principal fournisseur mondial de pétrole, dont le prix a augmenté de 13 % en seulement deux jours.
Nous parlons d’une guerre mondiale dans un certain sens, car aucun pays, à l’est comme à l’ouest, au nord comme au sud, ne sera épargné par ses répercussions. Les États doivent donc se préparer à de telles circonstances, d’autant plus que malgré les négociations entre les États-Unis et l’Iran, l’option militaire n’a jamais été exclue — elle était même probable. Tout gouvernement qui néglige cette préparation trahit son peuple dans les moments critiques.
Au Maroc, nous ne serons pas épargnés par les éclats de cette guerre. Ses conséquences toucheront inévitablement le pouvoir d’achat des Marocains, pour plusieurs raisons : l’impact sur les chaînes d’approvisionnement sera généralisé, et le gouvernement semble fonctionner selon une logique de « sous-traitance », préoccupé par la gestion du quotidien sans vision à moyen ou long terme. Sans oublier qu’il est souvent perçu comme étant au service des « grands intérêts économiques ».
Interrogée au Parlement sur le niveau des stocks stratégiques de carburants au Maroc, alors que le pays faisait face aux inondations, la ministre de la Transition énergétique n’a pas apporté de réponse claire, se contentant d’éluder la question en affirmant que la situation était maîtrisée. Pourtant, ce dossier exige davantage de transparence et une communication franche avec les citoyens.
La question demeure donc centrale, fondamentale et urgente : quel est le volume réel des stocks stratégiques de carburants au Maroc ? Si la chaîne d’approvisionnement des stations-service a été perturbée uniquement en raison des inondations — le port pétrolier de Mohammedia ayant suspendu l’accueil des navires à cause des conditions météorologiques — qu’en sera-t-il aujourd’hui, surtout si la guerre se prolonge ?
En principe, le gouvernement devrait disposer d’un stock stratégique conforme aux normes internationales, couvrant l’équivalent de 90 jours de consommation, pouvant être réduit à 60 jours en période de crise, notamment pour les produits essentiels comme les carburants.
Or, le gouvernement ne divulgue pas le chiffre réel des stocks stratégiques. Un indicateur laisse penser qu’ils sont à un niveau historiquement bas : les perturbations observées dans l’approvisionnement des stations-service lors des inondations, justifiées par l’incapacité du port de réception à accueillir les navires pétroliers. Si les réserves stratégiques étaient à un niveau normal, les aléas climatiques n’auraient pas eu un tel impact sur le marché des carburants.










