Abderrafie Hamdi.
Ce jeudi 30 octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies votera une nouvelle résolution sur la question du Sahara marocain, prolongeant le mandat de la MINURSO de trois mois supplémentaires au lieu d’un an, comme c’était l’usage.
Ce changement de durée traduit la volonté des Nations unies d’accompagner les évolutions rapides que connaît le dossier et d’ouvrir la voie à une solution politique durable et réaliste.
Mais l’essentiel réside dans le changement profond du langage onusien.
Selon le dernier rapport du Secrétaire général et la version finale du projet présenté par les États-Unis – « porte-plume » du texte – l’initiative marocaine d’autonomie est désormais considérée comme la base du processus de négociation, c’est-à-dire la référence réaliste à tout règlement politique.
Même si le terme « unique » a été retiré dans la version bleue par souci d’équilibre diplomatique, l’orientation générale est claire : il n’est plus question de référendum ni d’indépendance, mais d’un règlement politique dans le cadre de la souveraineté marocaine.
Ce moment n’est pas anodin.
Après un demi-siècle de rivalités régionales et de confrontations idéologiques, le dossier atteint un tournant décisif.
La création du Polisario fut le produit d’une époque : celle de la guerre froide, où la région vivait au rythme des luttes d’influence et des slogans révolutionnaires.
L’Algérie, fraîchement sortie de sa guerre d’indépendance, voulut exporter son modèle de libération et trouva dans la question du Sahara un moyen d’étendre son influence et de freiner l’essor du Maroc.
Avec l’appui de la Libye et de quelques régimes socialistes, un mouvement factice fut créé sous le slogan du “droit à l’autodétermination”, mais son véritable objectif était clair : pratiquer une politique de méfiance envers le voisin, l’affaiblir au lieu de bâtir avec lui un équilibre sain.
Or l’Histoire ne pardonne pas les illusions.
La chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique ont mis fin aux idéologies et laissé place au réalisme politique et aux intérêts géoéconomiques.
Le monde ne croit plus aux discours, mais à la capacité de bâtir et de stabiliser.
Le Maroc l’a compris plus tôt que d’autres : il a transformé ses provinces du Sud en un modèle de développement intégré, ports, universités, projets énergétiques, infrastructures modernes, faisant du Sahara marocain un espace de vie et d’investissement plutôt qu’un champ de conflit.
Face à cela, l’Algérie est restée prisonnière d’un récit d’un autre âge, incapable de s’adapter aux logiques du temps.
Mais les transformations régionales et internationales l’ont rattrapée.
Et voilà qu’aujourd’hui, le pays qui fut l’artisan principal de ce mouvement se retrouve membre non permanent du Conseil de sécurité, témoin, depuis son siège, du basculement qui met fin au conflit qu’il avait lui-même provoqué.

Peut-être s’abstiendra-t-il ou exprimera-t-il des réserves, mais il ne peut ignorer la portée symbolique de cette scène : comme le disait Hegel, « l’Histoire se répète, d’abord comme tragédie, ensuite comme comédie », l’État qui a provoqué la crise assiste désormais à sa propre ironie.
Le vote du Conseil de sécurité ne sera donc pas une simple formalité technique.
Il marquera la fin d’une étape et le début d’une autre.
Le monde reconnaît de plus en plus que le plan d’autonomie marocain n’est pas seulement une option possible, mais le seul cadre crédible conciliant souveraineté nationale et reconnaissance des spécificités locales.
L’expérience politique prouve que les États qui entretiennent des conflits extérieurs finissent toujours par en payer le prix.
Le monde a changé, la région a changé, et le Maroc aussi.
Seule l’Algérie persiste dans un discours dépassé, mais ce pari s’effrite.
Lorsque l’initiative marocaine devient la base d’une résolution onusienne, et que le représentant algérien siège dans la salle du vote, l’image parle d’elle-même, celui qui soutenait hier l’illusion, en contemple aujourd’hui la fin.
L’Histoire, dans les couloirs du Conseil de sécurité, retiendra avec précision qui fut la cause du problème de plein gré et qui, malgré lui, en devient le témoin.
C’est cela, la ruse de l’Histoire : du mythe fabriqué à la reconnaissance de sa disparition.










