Réuni en session ordinaire le lundi 06 juillet 2026, le Bureau exécutif de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux – FMEJ- a examiné les derniers développements du dossier du soutien public au secteur de la presse et de l’édition, et a passé en revue le détail des procédures administratives y afférentes. À l’issue d’un débat approfondi et sérieux entre ses membres, le Bureau exécutif a tenu à tirer les conclusions et à souligner ce qui suit :
• La violation flagrante et manifeste, par le ministère de la Communication, des dispositions de l’arrêté ministériel conjoint relatif au soutien public, et son obstination à imposer des conditions différentes de celles énoncées dans cet arrêté.
• L’arrêté ministériel conjoint, publié le 05 novembre 2024, dispose, au troisième paragraphe de son premier article, que l’accès au dispositif de soutien public est subordonné, pour la presse électronique, à la détention de quatre cartes professionnelles et d’un directeur de publication, et, en ce qui concerne la presse régionale imprimée, de trois cartes professionnelles et d’un directeur de publication. Or le ministère a foulé aux pieds son propre arrêté en portant ce nombre à cinq cartes professionnelles et un directeur de publication, et ce sans aucun fondement juridique, et, uniquement, par le seul biais d’une liste de documents diffusée auprès des entreprises de presse.
• Ce comportement révèle une manipulation manifeste de la loi et une méconnaissance grave de la nécessité de veiller à la sécurité juridique dans le pays.
• La Fédération marocaine des éditeurs de journaux rappelle qu’elle avait critiqué l’arrêté ministériel conjoint lui-même au moment de sa publication, comme elle avait auparavant critiqué le décret gouvernemental s’y rapportant et qui a été publié le 22 décembre 2023.
• Elle avait considéré, dès le départ, que « les conditions liées au nombre de cartes professionnelles exigées étaient exagérées pour les journaux électroniques nationaux et régionaux ».
• Elle avait également insisté, depuis lors, sur le fait qu’elle « soutenait la publication d’un décret sur le principe, pour mettre fin à la phase provisoire », tout en estimant que « tout soutien public doit garantir la justice, l’équité et l’égalité, et ne pas être conçu dans une logique de mainmise, de monopole et d’exclusion ».
• Près de trois ans après la date de publication du décret du gouvernement en décembre 2023, le ministère de tutelle continue de s’enliser dans son impasse gestionnaire et son incapacité à s’en sortir ou à honorer ses promesses. Dans le même temps, la justesse de la position de la Fédération et le bien-fondé de ses critiques à ce sujet se confirment.
• Tout en prenant acte des dérives évoquées plus haut et en alertant sur l’incapacité du ministère de tutelle à élaborer des solutions réalistes à la situation dans laquelle il s’est embourbé lui-même, la FMEJ souligne que toute cette incapacité découle de l’adoption de postulats erronés dès le départ.
• Les services du ministère de tutelle ont décidé, dès le début, d’exclure la FMEJ, qui est restée, pendant plus de deux décennies pleines, le partenaire principal des pouvoirs publics dans tous les programmes de mise à niveau des entreprises de presse et de réforme du secteur. Le ministère, lui, a rejeté toute approche participative avec les véritables organisations professionnelles, a persisté à monopoliser la prise de décision, et a choisi, de manière flagrante, de faire triompher dans ses décisions et ses pratiques des lobbies d’intérêts bien connus ainsi que des calculs égoïstes et rentiers. Il n’a pas mesuré que toute cette pratique irréfléchie n’a aucun lien avec les véritables enjeux sociétaux imposés à la presse nationale dans le Maroc d’aujourd’hui, ni avec la réalité du secteur et de ses entreprises, ni avec la protection du pluralisme et le développement de la lecture, objectifs pour lesquels le soutien public a été créé.
• En outre, les services du ministère ont conçu le système de soutien public selon des calculs de rente et d’hégémonie évidents au profit d’un lobby connu de tous — qu’ils cherchent à habiliter pour accaparer les deniers publics. Les dessous de cette démarche ont également été dictés par une architecture similaire que le ministère tente d’imposer concernant la structuration de l’institution d’autorégulation. L’objectif est ainsi de permettre à ce même lobby de dominer le pouvoir disciplinaire, l’organisation de l’accès à la profession ou l’exclusion de celle-ci, et ce, en vertu de lois rejetées par la majeure partie de l’opinion professionnelle, des droits de l’homme et politique nationale, et à travers la fabrication d’une « légitimité » représentative absolument inexistante dans la réalité.
• La Fédération marocaine des éditeurs de journaux est consciente de tous ces calculs rentiers et de ces manœuvres irresponsables, qu’elle a constamment dénoncés. Elle continue aujourd’hui d’alerter le ministère de tutelle, ainsi que le gouvernement en fin de mandat, sur le fait que toutes ces pratiques nuisent à l’image démocratique et institutionnelle de notre pays.
La FMEJ estime qu’il est aujourd’hui impératif de renoncer et de mettre un terme à ces pratiques, en optant plutôt pour l’écoute des organisations professionnelles sérieuses et en œuvrant à un consensus autour de solutions réalistes et concertées à tous ces blocages dans lesquels le ministère s’est empêtré.
• La Fédération marocaine des éditeurs de journaux réaffirme que, malgré toutes les manœuvres avérées perpétrées à son encontre pendant plus de quatre années, elle demeure, aujourd’hui encore, la plus représentative des éditeurs de journaux, tant à l’échelle centrale que dans les régions. C’est une réalité de fait que ne sauraient occulter les comportements d’exclusion et de mise à l’écart, ni les manœuvres infantiles et pitoyables.
• Tout en exigeant la nécessité de sortir du « provisoire » et d’accélérer l’aboutissement à un système juridique réaliste et équitable pour le soutien public, la Fédération insiste sur l’importance d’alléger les conditions pour en bénéficier, notamment en ce qui concerne le nombre de cartes professionnelles exigées ainsi que les autres conditions administratives et financières exagérées. Elle appelle, au moins, à appliquer les lois que le gouvernement lui-même promulgue sans consultation préalable, et à ne pas les bafouer à leur tour.
• D’autre part, la FMEJ enregistre la persistance du gouvernement et de son ministre de tutelle dans la politique des décisions unilatérales, et dans la promulgation de lois et de législations en s’appuyant uniquement sur une majorité numérique obéissante au sein du Parlement, à travers une approche parcellaire et anarchique du système juridique.
• Tout en revendiquant la nécessité de sortir du « provisoire » et d’accélérer l’accès à un régime légal réaliste et équitable de soutien public, la Fédération insiste sur l’importance d’alléger les conditions d’éligibilité, notamment celles relatives au nombre de cartes professionnelles exigées ainsi qu’aux autres conditions administratives et financières excessives, et sur la nécessité, à tout le moins, d’appliquer les lois que le gouvernement édicte lui-même sans concertation préalable, et de ne pas les fouler aux pieds à son tour.
• Dans ce cadre, des amendements au statut des journalistes professionnels ont été adoptés sans aucune concertation préalable avec les organisations professionnelles, et une nouvelle prérogative a été conférée au Conseil national de la presse, en contradiction avec les attributions d’autres départements gouvernementaux.
• De même, le ministre de tutelle a lancé une promesse dénuée de tout fondement et sans aucune réalisable mise en œuvre, concernant le bénéfice, par les journalistes, des droits d’auteur, qu’il est parvenu à la faire passer au Parlement grâce à sa majorité, sans le moindre dialogue préalable avec les professionnels ni écoute de leurs réserves.
• Toutes ces pratiques révèlent la volonté du ministre de faire passer coûte que coûte l’ensemble des textes avant son départ du ministère, laissant ainsi le secteur entravé par des décisions improvisées et hasardeuses, et abandonnant l’ensemble de la profession, victime de dispersion et du déclin professionnel et déontologique, tout en souffrant de la précarité et de l’improvisation.
• À l’issue de la réunion de son Bureau exécutif, la Fédération marocaine des éditeurs de journaux a également examiné les autres points de l’ordre du jour, passé en revue ses programmes internes et organisationnels, pris les mesures qui s’imposent à leur sujet, et réaffirmé son attachement constant à ses positions de principe, telles qu’elle les a toujours exprimées, ainsi que sa disponibilité, en tout état de cause, pour tout dialogue sérieux et constructif avec les pouvoirs publics, en vue d’élaborer des solutions réalistes et équitables à l’ensemble des problèmes posés. Elle réaffirme aussi son attachement à son plaidoyer commun et à sa coordination sérieuse avec les organisations professionnelles des journalistes et des éditeurs, en vue de sauver la profession et le secteur.









