Le silence du gouvernement suscite l’étonnement, comme si la guerre qui se déroule actuellement au Moyen-Orient entre les États‑Unis et Israël d’un côté, et Iran de l’autre, ne le concernait pas.
Plus surprenant encore, certains responsables affirment que les chaînes d’approvisionnement du Maroc passent rarement par cette région et qu’elles ne seront donc pas affectées. Une telle affirmation est regrettable, car les échanges commerciaux du Maroc avec de nombreux pays asiatiques sont très importants. De plus, il ne faut pas oublier que le transport maritime mondial est perturbé par la guerre, quelle que soit la zone concernée. La différence se situe uniquement dans l’ampleur des hausses, notamment parce que les primes d’assurance ont fortement augmenté et ont même été annulées dans certaines zones.
Ce qui paraît en revanche inévitable, c’est une forte hausse des prix des carburants, en raison notamment de la fermeture du Détroit d’Ormuz et des turbulences que connaît le marché pétrolier. Les chaînes d’approvisionnement ont été affectées d’une manière inattendue, ce qui aura inévitablement des répercussions sur les prix des produits alimentaires. Ceux-ci ne sont évidemment pas transportés par des chameaux, mais par des camions qui fonctionnent au carburant, dont le prix est appelé à augmenter.
La plupart des pays ont déjà pris des mesures pour faire face à cette crise. En revanche, le gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch n’a annoncé aucune disposition particulière. Pourtant, les prévisions du budget actuel ont été établies sur la base d’un prix du baril ne dépassant pas 68 dollars, alors qu’il oscille aujourd’hui entre 109 et 119 dollars. Cette hausse intervient alors même que certains pays ont déjà commencé à puiser dans leurs réserves stratégiques pour les injecter sur le marché.
Personne ne sait jusqu’où cette guerre peut aller, ni combien de temps elle durera. Il devient donc nécessaire de prendre rapidement des mesures de précaution pour faire face à une crise potentielle. Le gouvernement marocain est-il conscient que si la guerre se prolonge, le prix du baril pourrait dépasser les 200 dollars, selon la plateforme « Marine Traffic », liée à la société d’analyse d’informations « Kpler » ?
Lorsque la ministre de la Transition énergétique a été interrogée au Parlement sur le niveau des réserves stratégiques de carburants du Maroc, notamment pendant la période des inondations, elle n’a pas donné de réponse claire et a tenté d’éluder la question en affirmant que la situation était sous contrôle. Pourtant, ce sujet nécessite davantage de transparence et de clarté vis-à-vis de l’opinion publique.
Le gouvernement ne communique pas sur le niveau réel des réserves stratégiques. Cependant, un indicateur laisse penser qu’elles sont à un niveau très bas : les perturbations observées dans l’approvisionnement des stations-service lors des inondations. Le ministère de tutelle avait alors justifié ces difficultés par l’incapacité du port de réception à accueillir les navires transportant du pétrole. Si les réserves stratégiques avaient été à un niveau normal, les conditions météorologiques n’auraient pas eu un tel impact sur le marché des carburants.
Aujourd’hui, le monde fait face à de fortes tensions internationales qui s’apparentent à un climat de quasi-guerre mondiale. Il est donc impossible de prévoir ce que les prochains jours pourraient apporter. On ne peut pas non plus se contenter de déclarations rassurantes destinées à calmer les consommateurs. Sur le terrain, personne ne peut garantir avec certitude la continuité de l’approvisionnement mondial en pétrole.










