Le Conseil du gouvernement est devenu une sorte de rituel hebdomadaire où l’exécutif se réunit au complet, avant que son chef ne fasse une déclaration aux médias publics, reprenant quelques extraits de son discours d’ouverture. Ensuite, le porte-parole du gouvernement s’adresse à la presse, sans jamais répondre à la moindre question embarrassante, se contentant d’envoyer des messages à qui de droit — adversaires politiques et critiques des « réalisations » gouvernementales. Mais peu importe à ce gouvernement si le chaos gagne le pays.
Jeudi dernier, le Conseil du gouvernement s’est tenu comme à l’accoutumée. À l’ordre du jour, quelques points, deux décrets et plusieurs accords approuvés. Le chef du gouvernement a ainsi épargné à ses ministres la peine de comprendre ce qui se passe réellement dans le pays. Pas une minute n’a été consacrée aux manifestations persistantes, qui représentent pourtant un problème politique et social majeur, nécessitant des réponses d’une autre nature.
Interrogé sur les mesures prises par le gouvernement, le porte-parole a déclaré que son équipe avait « pris ses décisions et formulé des réponses aux questions de la jeunesse » et qu’elle « attendait un interlocuteur ». C’est là la mère de toutes les contrevérités. Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas un simple mouvement revendicatif qu’on peut apaiser par la négociation, mais des protestations d’ordre politique, qui appellent des réponses politiques et non techniques. La sortie médiatique du ministre de la Santé en est l’exemple parfait : beaucoup de belles phrases, mais aucune réponse concrète.
Ces manifestations, menées par la génération dite “Z”, visent d’abord et avant tout le gouvernement, et non d’autres institutions. Les slogans s’adressent à lui, et les manifestants appellent même les autres instances à faire pression sur l’exécutif pour qu’il réponde à leurs demandes légitimes. Or, le gouvernement a choisi de faire la sourde oreille, enfouissant sa tête dans le sable pour ne rien entendre.
Par ces comportements, le gouvernement se place hors de l’Histoire, hors du contexte et hors du champ politique. Car la politique exige clairvoyance et sens du moment, et ne peut être conduite par des ministres qui, hier encore, géraient des entreprises appartenant au groupe du chef du gouvernement. Réussir dans le commerce ne signifie pas réussir dans la gestion des affaires publiques, laquelle requiert une vision, une stratégie et une ligne politique définie.
Le gouvernement s’est volontairement mis en marge de l’Histoire, en confirmant une fois de plus son indifférence à ce qui l’entoure. Il agit comme une simple société de sous-traitance chargée de gérer les affaires publiques, alors qu’il s’agit d’un gouvernement politique, issu d’élections démocratiques, régi par une Constitution stipulant que le roi nomme le chef du gouvernement parmi les membres du parti arrivé en tête des élections législatives.
La Constitution n’a jamais prévu que le chef du gouvernement soit un technocrate doté d’une vaste expérience, mais bien un homme politique au sens plein du terme.
Or, à la manière dont ce gouvernement exerce aujourd’hui le pouvoir, il est clair qu’il évolue en dehors de l’Histoire. Les gouvernements qui marquent l’Histoire sont ceux qui utilisent leur majorité pour chercher des solutions aux crises récurrentes, qui planifient la stabilité politique, sociale et économique, et qui travaillent à préserver la cohésion nationale loin des tensions et de l’improvisation.










