Pourquoi la jeunesse marocaine traverse-t-elle une crise de confiance vis-à-vis des institutions politiques en général, et des institutions élues en particulier ? Quelles en sont les causes et les motivations ? Pourquoi les jeunes choisissent-ils un retrait progressif de l’espace public ? Pourquoi se sont-ils détournés du débat politique ? Et pourquoi considèrent-ils que la démocratie participative n’est qu’un mécanisme formel ?
Le dernier rapport réalisé par l’association Citoyens, fruit d’un travail de près d’un an et présenté en présence de certains ministres, révèle que les jeunes Marocains se caractérisent aujourd’hui par une profonde défiance à l’égard des institutions élues, voire de la plupart des institutions politiques. Beaucoup ont choisi, volontairement ou contraints, de se retirer progressivement de l’espace public, préférant se concentrer sur des préoccupations privées, parfois futiles. Ce choix est-il le reflet fidèle de la réalité, ou bien résulte-t-il de circonstances particulières qui ont favorisé ce désengagement ?
Bien que la démocratie participative soit l’un des mécanismes clés de l’implication citoyenne dans la prise de décision, les jeunes y participent rarement. Selon les résultats de cette étude, basée sur les réponses de 1100 personnes issues de diverses catégories sociales, tranches d’âge et professions, près de la moitié des sondés ont affirmé ne pas se sentir concernés par la démocratie participative.
Plus grave encore, une majorité d’entre eux considère que la démocratie participative est une façade vide de sens, qui ne change rien à la réalité. Ils affirment, pour la plupart, ne jamais participer aux pétitions citoyennes, estimant qu’elles sont inutiles, inefficaces et relèvent davantage d’un artifice servant à masquer l’échec patent des élus et du gouvernement dans la gestion des affaires publiques.
Le Maroc a pourtant fait le choix irréversible de la démocratie, en instaurant ses mécanismes et en érigeant la démocratie participative en pilier fondamental du modèle démocratique. Mais les comportements des élus – qu’il s’agisse des responsables des collectivités territoriales ou des parlementaires – ainsi que du gouvernement, issu d’une majorité élue, sont parmi les principaux facteurs ayant poussé les jeunes à adopter une posture de retrait.
Il est attendu des acteurs politiques qu’ils attirent la jeunesse vers l’engagement politique et les institutions élues, et qu’ils soutiennent activement la participation des jeunes à la vie politique et électorale. Malheureusement, les partis politiques contribuent largement à l’éloignement des jeunes, car leur compétition ne porte pas sur l’intérêt général, mais sur l’accession aux postes de pouvoir. Et même s’il existe quelques exceptions, comme le disent les juristes, l’exception ne fait pas la règle.
Par nature, un jeune est porté à l’audace, à l’initiative et à l’engagement. Il est enclin à participer à la vie politique. Cependant, les agissements des acteurs politiques le rebutent et l’éloignent de cette sphère. C’est pourquoi ces jeunes ne font pas confiance aux institutions élues, pourtant censées être le socle de la démocratie locale.
Comment pourraient-ils faire confiance à ces institutions quand ils constatent que leurs villes sombrent dans la dégradation, tandis que certains élus, jadis démunis, foulant les sols des conseils municipaux en sandales en plastique, sont soudainement devenus riches, alors même que leurs villes se transforment en chantiers abandonnés et en nids-de-poule ?
Changer le regard des jeunes passe nécessairement par un changement profond dans le comportement des élus.










