Par Abdelrafii Hamdi
Les citoyens d’Agadir ont protesté, et le ministre, accompagné de son équipe, a accouru par voie terrestre et aérienne vers Adayoutnan. Ils ont visité l’hôpital Hassan II, vêtus de costumes sombres et de lunettes noires, se répandant dans ses couloirs non pas pour chercher la faille – puisqu’ils en font partie – mais parce que ce qui s’est produit relève des « graves fautes », nécessitant donc une expiation. Et l’expiation, chez les sunnites, c’est le sacrifice. Les révocations sont alors tombées comme des offrandes faites aux protestataires… Et après ?
Depuis sa nomination, Si Amine Tohraoui a été la cible de nombreuses critiques, sous prétexte qu’il n’est pas médecin et qu’il ne fait pas partie du système de santé, étant arrivé au service public en dehors des circuits administratifs traditionnels. Mais, à mon sens, cette objection n’a pas de fondement. La fonction ministérielle n’est ni technique ni professionnelle, mais éminemment politique. Le ministre n’est pas censé être chirurgien, mais visionnaire, capable de définir des politiques et de conduire des réformes. C’est pourquoi sa nomination suscitait l’intérêt : un homme venant du secteur privé, là où les décisions se prennent selon une logique de résultats et où les institutions sont gérées sur la base de la compétence et de la performance. De plus, sa proximité avec le Chef du gouvernement lui offrait un appui solide pour affronter les lobbies, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du secteur de la santé.
Or, la réalité a démenti ces attentes. En moins d’un an, le ministre a été rapidement absorbé par les dysfonctionnements de l’administration publique, se limitant à des visites de terrain, des révocations de façade et des déclarations au langage paresseux, au lieu de tenter d’instaurer une nouvelle culture managériale. Ainsi, il a déçu sur deux plans : d’abord en tant qu’homme issu de l’entreprise privée, incapable – du moins dans l’affaire d’Agadir – d’imposer les méthodes de gestion qu’on attendait de lui ; ensuite parce qu’il a gâché l’opportunité que lui conférait sa proximité avec le Chef du gouvernement, un privilège dont ses prédécesseurs ne bénéficiaient pas.
Certes, on pourrait dire que le ministre a hérité d’une situation critique, et c’est vrai. Les ministres médecins qui l’ont précédé n’ont pas laissé un système solide : des hôpitaux souffrant de pénurie de personnel, de manque d’équipements et de faiblesse des services. Cela prouve qu’être médecin ne garantit pas la réussite, car la crise est avant tout une question de gouvernance. En réalité, Amine Tohraoui est le vingt-deuxième ministre de la Santé depuis l’indépendance, dont onze médecins se sont succédé sans parvenir à instaurer une réforme structurelle. Il est en même temps le troisième ministre de la Santé dans le seul gouvernement de Si Aziz, ce qui reflète la fragilité et l’instabilité de ce secteur.
Cependant, la déception face à son bilan n’explique pas à elle seule l’échec des réformes. Le problème est plus profond, lié à la culture et à la structure institutionnelle de l’administration publique, dominée par un centralisme tenace. Cette mentalité considère que tout ce qui est régional est secondaire, et tout ce qui est local sans importance. Ainsi, la visite d’un simple fonctionnaire venu du centre est accueillie avec révérence en périphérie (Samir Amin), tandis que les compétences locales sont marginalisées parce qu’elles ne viennent pas du « centre ».
Nos ministres ne voient dans la régionalisation qu’un slogan politique brandi lors des occasions officielles. En pratique, le travail s’effectue localement et régionalement, mais les bénéfices demeurent centralisés.
En conclusion, si le ministre souhaite dépasser son faux pas – bien que son mandat touche à sa fin –, il doit marquer sa période par des gestes symboliques démontrant qu’il peut retrouver les outils de gestion qui lui avaient permis de réussir dans le monde de l’entreprise, penser en dehors des sentiers battus et utiliser l’appui dont il bénéficie pour affronter la culture de l’administration publique et les lobbies du secteur de la santé, au lieu de s’y dissoudre.
Le Chef du gouvernement a eu raison de dire : « La santé est la première mission politique de l’homme d’État, car elle reflète son engagement direct envers ses citoyens. »
Au Royaume-Uni. Grande-Bretagne.










