Lorsque le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, est apparu sur les médias publics, il a déclaré qu’il ferait en sorte que les hôpitaux publics rivalisent avec les hôpitaux privés.
On ne connaît pas précisément les motivations de cette déclaration, mais elle s’inscrivait dans le cadre d’une réponse aux accusations portées contre son gouvernement d’avoir négligé la santé publique et de l’avoir transformée en un « registre commercial » : celui qui a de l’argent est soigné, et celui qui n’en a pas « mange son pain et attend la mort ».
Indépendamment de l’intention du Chef du gouvernement, une question se pose naturellement : quel est le rapport entre les hôpitaux publics et les hôpitaux privés ?
En pratique, les hôpitaux publics offrent un service gratuit aux citoyens, qui devrait au minimum garantir des conditions de soins, de traitement et d’hébergement – ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Les hôpitaux privés, eux, sont des établissements commerciaux accessibles uniquement à ceux qui disposent de ressources financières suffisantes ou d’une couverture santé adéquate. Dès lors, parler de concurrence entre les deux relève du simple bavardage de la part d’Aziz Akhannouch.
Les lapsus sont souvent plus révélateurs que la vérité : ils dévoilent une réalité que certains tentent de dissimuler sous des discours trompeurs. Si les hôpitaux publics assuraient ne serait-ce que le service minimum, la question ne se poserait pas. Ces hôpitaux n’ont pas vocation à se limiter à ce seuil, mais ils ont besoin d’être réhabilités pour remplir leur rôle. Aujourd’hui, ils n’atteignent même pas ce minimum, ce qui explique pourquoi il est devenu une revendication.
Lorsque des citoyens descendent dans la rue pour protester contre la dégradation des services hospitaliers publics, cela signifie clairement que ces établissements n’assurent plus les bases mêmes du soin.
La vérité est simple : le Maroc souffre aujourd’hui de l’absence d’un système de santé publique digne de ce nom, laissant le champ largement ouvert au secteur privé, qui s’empare de la santé des citoyens en s’attaquant directement à leurs poches.
Les habitants d’Agadir n’ont pas choisi de manifester sans raison. Leur situation n’est pas une exception, mais reflète l’offre générale proposée aux Marocains par le gouvernement : entre le « mauvais » et le « pire ». D’un côté, des cliniques privées aux tarifs exorbitants, qui obligent beaucoup à s’endetter ; de l’autre, des hôpitaux publics qui ne sont des hôpitaux que de nom.
Ces établissements n’offrent aucune condition réelle de soins. Ce ne sont que des bâtiments où les médecins, souvent, se désolidarisent de leur propre travail : ils s’excusent auprès des patients car ils n’ont rien à leur offrir. Ni médicaments, ni traitements, ni examens d’imagerie ou de radiologie, ces équipements étant constamment hors service.
Quelle « offre » est-ce là que propose le gouvernement ?
Et pourtant, le Chef du gouvernement affirme lors d’un meeting partisan – où il a réuni des artistes de tous horizons – que son équipe a accordé une attention particulière à l’éducation et à la santé. Malheureusement, ce discours va à l’encontre de la réalité : l’éducation est à l’agonie et la santé publique appartient à un passé où les Marocains espéraient encore construire un État de droit et de justice.
À tout cela s’ajoute un ministre totalement étranger au secteur de la santé, qui n’en connaît rien. C’est pourquoi il est apparu désemparé face à ce qui se passe à Agadir.










