Le procureur général du Roi a ordonné l’ouverture d’une enquête concernant les déclarations du député Ahmed Touizri, président du groupe parlementaire du Parti Authenticité et Modernité (PAM) à la Chambre des représentants, selon lesquelles certaines minoteries mélangeraient du papier au blé pour produire la farine consommée par les Marocains.
Bien que le parlementaire soit revenu plus tard sur ses propos dans un communiqué explicatif, affirmant qu’il ne parlait pas de papier au sens propre mais au sens figuré — en évoquant plutôt la falsification des factures afin d’obtenir des subventions publiques —, l’affaire a déjà pris une ampleur considérable.
Nous ne nous attardons pas sur les intentions du député ni sur ce qu’il voulait réellement dire. Cependant, dans le langage courant, moudre le papier avec le blé ne peut signifier qu’une chose : nous mangeons de la farine mélangée à du papier.
C’est pourquoi la décision du procureur général d’ouvrir une enquête est d’une grande importance. L’affaire se divise en réalité en deux volets :
Le premier concerne ce que mangent les Marocains. Il est nécessaire de connaître la vérité : les allégations selon lesquelles certaines farines contiendraient des éléments étrangers sont-elles fondées ou non ? Malgré le retrait du député, le parquet enquêtera sur cette déclaration prononcée au sein même du Parlement, qui évoquait un mélange de papier et de blé avant la mouture.
L’intéressé a par la suite précisé que cette expression n’avait rien de littéral, mais relevait d’un usage figuré propre à la langue populaire marocaine, désignant des manipulations administratives ou comptables visant à obtenir des aides publiques. Il a nié toute allusion à un mélange réel de substances impropres à la consommation dans la farine ou d’autres denrées alimentaires.
Mais comment le citoyen lambda peut-il distinguer le sens propre du sens figuré lorsqu’il écoute un parlementaire, et non un linguiste ? Combien de personnes ont entendu — dans les médias ou sur les réseaux sociaux — que la farine est mélangée à du papier, sans pour autant entendre la mise au point du député ? Sommes-nous dans la gestion du bien public et le contrôle de l’action gouvernementale, ou bien dans un cours de rhétorique et de sémiotique ?
Comme l’ont souligné plusieurs acteurs du secteur, de telles déclarations portent atteinte à la crédibilité d’un domaine stratégique lié à la sécurité alimentaire du pays. Des rumeurs de ce genre circulent régulièrement, mais seule une enquête judiciaire permettra d’établir la vérité et de faire la lumière sur les faits.
Le second volet de l’affaire concerne la légèreté du propos tenu par le parlementaire. Une déclaration de ce type, qu’elle soit faite par ignorance, par maladresse ou à titre métaphorique, peut semer la confusion parmi les citoyens et ébranler leur confiance dans un produit de base tel que la farine.
Le Parlement n’est pas le lieu pour diffuser de telles accusations. Les professionnels du secteur ont d’ailleurs demandé au député de produire tout document ou preuve à l’appui de ses propos. À notre tour, nous nous interrogeons : pourquoi un responsable politique garderait-il pour lui des informations sur des crimes présumés ? N’aurait-il pas été plus judicieux de saisir directement la justice plutôt que de lancer ces accusations en séance parlementaire ?
L’enquête ouverte dans cette affaire sera donc décisive : elle mettra un terme soit aux déclarations irresponsables, soit aux pratiques douteuses au sein du secteur meunier.










