Une étude académique menée par des chercheurs spécialisés dans les affaires parlementaires a révélé que la relation entre le gouvernement et l’opposition est extrêmement complexe. Dès le premier jour de l’investiture du gouvernement, nous avions mis en garde contre une confusion inquiétante : la même majorité qui dirige l’exécutif se retrouve également à dominer le Parlement, alors que ce dernier devrait conserver son indépendance. C’est précisément cette dérive que nous observons aujourd’hui.
L’étude a procédé à une comparaison entre l’expérience marocaine et plusieurs expériences européennes. Il ne s’agit évidemment pas d’exiger l’impossible, mais au moins de tendre vers un minimum de pratique démocratique. La comparaison a mis en évidence l’écart important dans la manière de construire les majorités parlementaires, leur interaction avec les gouvernements, ainsi que le niveau d’indépendance des institutions législatives.
Ce que nous redoutions est exactement ce qu’a confirmé l’étude : le système majoritaire au Maroc se caractérise par une particularité qui fait de la majorité parlementaire une sorte de prolongement du pouvoir exécutif, plutôt qu’un bloc politique autonome exerçant son rôle constitutionnel de contrôle et d’interpellation du gouvernement.
La situation actuelle illustre une relation extrêmement compliquée entre gouvernement et opposition. Cette configuration affaiblit l’indépendance des pouvoirs — exécutif, législatif et judiciaire — et place le législatif sous la tutelle de l’exécutif, ce qui rompt l’équilibre nécessaire entre les institutions.
Le pouvoir législatif, c’est-à-dire le Parlement, qui constitue l’une des pierres angulaires de toute démocratie, a perdu dans cette dynamique sa capacité d’initiative et d’interaction en dehors de la volonté gouvernementale. C’est ce que nous avions déjà dénoncé : le Parlement a été transformé en simple chambre d’enregistrement, dont le rôle se limite à voter les textes sans contribuer réellement à les améliorer ni à assurer un contrôle effectif de l’action gouvernementale. Il ne fait, en quelque sorte, que dire « amen ».
Les calculs électoraux et les alliances partisanes ont créé une situation malsaine, marquée par des accords de circonstance sans qu’un véritable projet politique commun ne fédère la majorité. Les partis composant cette majorité s’engagent le plus souvent dans une logique électoraliste, au détriment de la construction d’une vision collective. Il en résulte ce que l’étude appelle une « majorité technique » plutôt qu’une « majorité politique », c’est-à-dire une majorité rassemblée autour de la gestion quotidienne plutôt que d’un projet sociétal cohérent.
Cette réalité se reflète dans le fonctionnement du Parlement, où l’on constate une difficulté réelle à produire des initiatives législatives émanant de la majorité elle-même. On observe également un paradoxe : le bloc censé soutenir le gouvernement tout en le contrôlant se retrouve incapable d’assumer les deux rôles simultanément, privilégiant l’obéissance partisane au détriment de l’initiative politique.
La pratique démocratique est intimement liée à la capacité des acteurs politiques à redéfinir leurs rôles au sein du système majoritaire, de manière à faire du Parlement un véritable espace législatif, et non une simple extension administrative du gouvernement.
Cette vision de la majorité l’a réduite à un simple ensemble de chiffres utilisés par l’exécutif. L’enjeu n’est pas de disposer d’une majorité en soi, mais de construire un front politique doté de convergences programmatiques capable de produire un programme gouvernemental cohérent et équilibré. Car la majorité purement numérique a montré ses limites à l’approche des élections, où elle est apparue comme un ensemble fragmenté d’îlots sans unité.










