Les avertissements se multiplient au sein des institutions constitutionnelles et officielles, que le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, n’apprécie guère et dont il juge les rapports imprécis, hésitant peut-être à les qualifier de « non scientifiques ». Cette fois, c’est l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption qui tire la sonnette d’alarme depuis le Parlement.
Lors de la présentation de son budget sectoriel, un responsable de l’Instance a affirmé que le Maroc a reculé dans l’indice de lutte contre la corruption.
Pour couper court à toute contestation, notamment de la part du gouvernement, le responsable a rappelé les références constitutionnelles et juridiques encadrant la surveillance et la lutte contre la corruption, ainsi que les indicateurs récents décrivant la situation actuelle et les défis persistants dans ce domaine.
Selon les données présentées, le Maroc enregistre une dégradation « de plus en plus préoccupante » dans les classements internationaux. Le pays est passé du 47ᵉ rang en 2015 au 95ᵉ rang en 2024 en matière « d’absence de corruption » dans l’indice de l’État de droit publié par le World Justice Project.
À l’heure où le Maroc s’apprête à relever de nombreux défis politiques, économiques et sociaux — parmi lesquels l’attraction et l’implantation de dizaines d’industries internationales, ainsi que l’organisation de multiples événements mondiaux — une amélioration du classement du pays dans les indices liés à la corruption devient indispensable.
Cela exige une mobilisation nationale globale et une coordination institutionnelle efficace entre les différents acteurs publics.
Toutefois, pour y parvenir, il faut comprendre que la lutte contre la corruption n’est pas qu’une question technique : elle relève d’abord d’une volonté politique. Elle nécessite la convergence des efforts dans un cadre global et sous un objectif majeur : renforcer la probité et combattre la corruption. Elle requiert également un mécanisme national de coordination pour assurer le suivi des projets engagés par le Maroc dans ce domaine.
L’Instance Nationale n’a cessé de souligner que tout progrès en matière de transparence, de reddition des comptes et d’État de droit a un impact positif sur le climat des affaires, l’attractivité des investissements et l’image du Maroc en tant que destination crédible respectant les principes de bonne gouvernance.
Le gouvernement mesure-t-il sa responsabilité historique dans ce domaine ? Comprend-il la vision stratégique du Maroc en matière d’ouverture industrielle mondiale ? Saisit-il l’ampleur des conséquences de cette baisse dans les indices anticorruption sur l’économie nationale ?
La corruption et la rente découragent l’investissement. L’un des plus grands obstacles à l’économie nationale est l’absence de compétitivité, incompatible avec une société où la corruption prospère.
La corruption ouvre la voie à la rente, véritable fléau pour les nations, puisqu’elle permet à ceux qui ne le méritent pas de s’enrichir, tandis que la valeur ajoutée n’est pas reconnue à ceux qui la produisent réellement. Le résultat est un tissu économique faussé, gonflé artificiellement, reposant sur une mauvaise allocation des ressources.
Sans une volonté politique ferme de lutter contre la corruption, toute ambition de construire une économie solide et d’encourager l’investissement demeure théorique. Qui serait prêt à prendre le risque d’investir dans un pays qui tarde à combattre la corruption, alors que nombre de grandes entreprises n’y entrent qu’à la faveur de garanties royales ?










