Par Abdel Rafi Hamdi
L’Assemblée générale des Nations Unies a été le théâtre d’un large débat sur la question palestinienne, couronné par la « Déclaration de New York », adoptée à une écrasante majorité en faveur du droit du peuple palestinien à un État indépendant dans le cadre de la solution à deux États. Cette étape, bien que symbolique et non contraignante sur le plan juridique, exprime la volonté de la communauté internationale de ramener le conflit sur sa voie originale : un conflit politique portant sur l’occupation, la souveraineté et les droits du peuple palestinien à vivre sur sa terre. Elle rappelle que la question palestinienne n’a jamais été une affaire théologique, mais une question de libération et de légitimité internationale, et que la voie de la solution passe par la politique, la diplomatie et la résistance, non par les mythes religieux.
Depuis des décennies, la communauté internationale s’efforce d’encadrer ce conflit dans ses dimensions politiques. Des dizaines de résolutions onusiennes ont réaffirmé le droit des Palestiniens à l’autodétermination, telles que la résolution 242 de 1967 et la résolution 338 de 1973. Des jalons politiques majeurs ont été posés, comme les Accords de Camp David en 1978, les Accords d’Oslo en 1993 qui ont ouvert la voie à une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine, ainsi que l’Initiative de paix arabe de 2002 qui conditionnait la normalisation à la fin de l’occupation. Tous ces jalons ont renforcé l’idée que le conflit est essentiellement politique et que l’autorité de référence est l’ONU, non les textes sacrés.
Mais Benjamin Netanyahu, contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs, insiste pour entraîner le conflit sur une pente religieuse dangereuse. Dans ses récents discours, il a présenté la bataille comme un conflit entre « la lumière et les ténèbres », une « guerre sainte contre l’extrémisme islamique », allant jusqu’à citer des textes de la Torah pour légitimer ses actions. Il ne s’agit plus de sécurité nationale ou de négociations frontalières, mais d’une épopée dogmatique qui dépasse la politique.
Cette dérive n’est pas un hasard. Netanyahu traverse l’une des périodes les plus complexes de sa carrière : il fait face à des procès successifs pour corruption, pots-de-vin et abus de confiance, des affaires qui menacent sérieusement son avenir politique. Depuis des années, la société israélienne connaît des vagues de protestations massives contre ses réformes judiciaires, qui tentaient de fragiliser l’indépendance de la justice. Des centaines de milliers de citoyens sont descendus dans la rue pour refuser la dérive autoritaire d’Israël. Son gouvernement, fragile, repose sur des alliances avec des forces religieuses extrémistes, ce qui lui a fait perdre son image de dirigeant capable de construire un consensus et l’a rendu prisonnier de partenaires qui le font chanter politiquement.
Face à cette impasse, Netanyahu n’a trouvé d’autre issue que de recourir au discours religieux pour se présenter comme un héros « sacré » sur le plan intérieur, après avoir échoué en tant qu’homme politique responsable. Il sait que l’histoire ne retiendra aucun grand accomplissement politique de sa part, ni même un dirigeant capable de gérer les crises économiques et sociales. Il tente donc de combler ce vide par une fausse grandeur religieuse.
La gravité de cette dérive réside dans le fait qu’elle offre un cadeau gratuit aux mouvements extrémistes dans le monde. En transformant le conflit en guerre religieuse existentielle, le discours de l’« islam politique » trouve un terrain fertile pour mobiliser les masses contre une autre religion plutôt que contre l’occupation, fermant ainsi toutes les portes de négociation. Le résultat est un cercle vicieux d’extrémisme : le discours de Netanyahu alimente ses adversaires, et le discours de ses adversaires justifie encore plus de rigidité et de violence de sa part.
Le récent débat onusien ouvre une nouvelle fenêtre politique, confirmant que la communauté internationale reste attachée aux solutions politiques et que la référence demeure les résolutions onusiennes et les négociations diplomatiques. Mais le discours de Netanyahu mine ces efforts et menace de transformer un conflit négociable en guerre religieuse éternelle. La responsabilité internationale est donc double : non seulement consolider la reconnaissance de l’État palestinien, mais aussi contrecarrer les manœuvres de Netanyahu et empêcher que le conflit ne devienne une querelle dogmatique.
Quant à Netanyahu lui-même, l’histoire ne le retiendra ni comme un homme d’État ni comme un homme politique ; il sera inscrit dans les annales comme le corbeau : ayant tenté d’imiter les politiciens sans en être un, ayant endossé le rôle religieux sans en obtenir la légitimité, il s’est perdu entre les deux et laisse derrière lui un chaos qui pèsera sur la mémoire d’Israël et de la région.










