Il est rapporté dans la tradition prophétique : « Ma communauté ne s’accordera jamais sur l’égarement ». Une formule qui illustre que lorsqu’un consensus se forme autour d’une question, il devient difficile de la balayer sous prétexte qu’il existerait une « vérité » supérieure. Une telle prétention revient à revendiquer l’infaillibilité, laquelle n’est accordée qu’aux prophètes. Que dire alors lorsqu’il s’agit d’un texte de loi encore au stade de projet, transmis récemment à la Chambre des conseillers ? Il s’agit ici du projet de loi relatif à la réorganisation et à la restructuration du Conseil national de la presse.
Le communiqué opposé à ce texte, qu’il soit qualifié de « projet » ou de « loi » selon les interprétations, a été signé par la majorité des organisations professionnelles, qu’elles représentent les journalistes ou les éditeurs. Parmi les signataires figurent des entités de poids dans le paysage médiatique marocain, reconnues tant par leur influence que par leur représentativité réelle. Il ne s’agit donc pas de noms isolés, mais d’acteurs concrets, divers dans leur envergure mais impossibles à ignorer ou à minimiser.
Qu’aurait perdu le ministre de tutelle à écouter ces organisations professionnelles ? Ces dernières ont, à travers divers séminaires et rencontres, pointé du doigt plusieurs articles du nouveau texte jugés désastreux. Elles en ont identifié sept, chacun suffisant à lui seul pour invalider le projet dans son ensemble.
Le rejet exprimé par ces structures ne repose pas sur des considérations personnelles ou opportunistes, contrairement à ce qu’insinuent certains. Les objectifs affichés sont clairs : préserver des intérêts collectifs et garantir un fonctionnement démocratique du secteur. Ceux qui se prétendent « principes » dissimulent en réalité des intérêts étroits et peu avouables.
Le premier grief soulevé concerne l’instauration de mécanismes de nomination qui vident le Conseil de sa substance, à savoir l’autorégulation indépendante de la profession. Ce procédé est perçu comme une tentative de contournement des principes démocratiques, et une reconduction de propositions antérieures déjà rejetées pour leur inconstitutionnalité.
Ainsi, le nouveau texte semble recycler des mesures anciennes, retoquées en leur temps pour leur non-conformité à la Constitution. Or, ce projet, selon un consensus exprimé par les principales composantes professionnelles, menace les fondements mêmes du journalisme, restreint la liberté d’expression et bride le travail des journalistes. Il est également reproché à ce processus son absence totale de concertation : le gouvernement a élaboré ce projet en solitaire, puis l’a transmis au Parlement pour une adoption rapide, piétinant ainsi les principes de démocratie participative et remettant en question la légitimité de la représentation.
Le rôle du ministère devrait être de trouver des solutions consensuelles permettant l’adoption d’une loi acceptable par l’ensemble du secteur, même si certains peuvent émettre des réserves. Mais imposer un texte rejeté par la majorité des professionnels soulève de sérieuses interrogations sur ses véritables motivations, et risque d’attiser les tensions et la colère.
Aujourd’hui, une large coalition professionnelle et citoyenne, bien ancrée dans le paysage culturel et médiatique, s’est formée. Elle regroupe syndicats, organisations de presse, défenseurs des droits humains et personnalités engagées, pour coordonner les actions visant à contrer ce projet et défendre l’indépendance de la presse, la liberté d’opinion et d’expression, dans le cadre d’un respect intégral des droits humains.
Si le ministère veut réellement œuvrer pour le bien du paysage médiatique, il lui suffit d’écouter ces voix tant que le projet reste amendable. Car en l’état, il ne sert qu’une minorité convaincue d’être « majoritaire ».










