Idriss Addar
Le plus grand marché d’achat et de vente aujourd’hui est celui des fausses nouvelles. Un marché florissant. Ses acteurs ne se contentent plus de diffuser des contenus fabriqués – ces fameuses fake news – mais ils en viennent à fabriquer carrément des producteurs de ce type d’informations.
Ces derniers jours, le Maroc a connu un mouvement porté par la Génération Z, entaché de quelques incidents regrettables. Mais la manière dont les réseaux sociaux et certaines chaînes ont présenté la situation a largement dépassé toutes les limites dans la production de fausses informations.
Tawakkol Karman, la Yéménite lauréate du prix Nobel de la paix, a publié une photo d’une voiture en flammes en parlant de “révolution marocaine”. La première mission d’une militante de la paix est pourtant de condamner la violence. Or, cette prétendue défenseuse n’a jamais appelé à la paix dans son propre pays, ravagé par la guerre depuis des années.
Depuis son couronnement par le Nobel, il est clair que cette “créature” a été fabriquée pour devenir une icône instrumentalisable au besoin. C’est effectivement ce qui s’est produit dans de nombreuses causes. Aujourd’hui, ses cris lugubres autour du Maroc ne sont qu’une tentative de désinformation, reprise par de nombreux administrateurs de pages qui s’en servent pour déformer totalement la réalité.
Hier matin, un ami d’Irak, journaliste dans une chaîne d’information, m’a appelé pour prendre de mes nouvelles et savoir comment allait la situation au Maroc. Le comique, c’est qu’il avait lu sur certaines pages que “les révolutionnaires assiègent le palais”. Je lui ai répondu que j’étais tout près du palais et que mon bureau se trouve au centre de Rabat : rien de tout cela n’existe.
Il faut ici préciser un point essentiel : certaines pages sont malveillantes et leurs auteurs bien connus, souvent mus par une haine contre notre pays. Mais une grande partie de ce qui circule au Machrek provient en réalité de sites marocains eux-mêmes, en quête de “buzz”. À cette fin, ils mettent l’accent sur des dérapages sans jamais contextualiser.
Nul parmi nous ne peut nier que les revendications des jeunes soient réelles. Nul ne peut nier non plus la responsabilité du gouvernement dans ce qui s’est produit. Nous ne devons pas cacher la vérité : les politiques adoptées ont gravement nui à la société. Des institutions officielles le confirment : Abdellatif Jouahri a affirmé que 47 % des jeunes sont au chômage, et le Haut-Commissariat au Plan a indiqué dans un rapport qu’environ 4,5 millions de jeunes âgés de 15 à 34 ans sont hors école, formation et emploi.
La sortie des jeunes dans la rue est un droit naturel, incontestable, et même nécessaire pour mettre un terme aux excès que nous constatons dans tous les domaines. Les prix ont atteint des niveaux insupportables, le chômage continue de croître, et la destruction d’emplois est devenue une marque de fabrique du gouvernement actuel – sans pour autant dédouaner les gouvernements précédents des “ravages” semés par Akhannouch.
Mais le chaos ne saurait être justifié, sous aucun prétexte. Et exploiter certaines images de désordre afin de générer de l’audience constitue un crime moral contre la patrie, car cela revient à vendre une image déformée du Maroc, éloignée de sa réalité.










