Un nouveau rapport international classe le Maroc au 129ᵉ rang en matière de niveau d’éducation, un classement très bas compte tenu des efforts déployés pour améliorer le système éducatif, ainsi que des programmes et réformes mis en place et qui ont coûté des milliards de dirhams au fil des années. Malgré tout cela, le résultat final nous place en bas du classement mondial, derrière des pays qui n’ont entamé la modernisation de leur système éducatif que bien après nous.
Ce résultat soulève de nombreuses questions et exige une réflexion profonde, voire une reddition des comptes pour tous ceux qui ont failli à leur devoir national. Une telle nouvelle ne peut pas passer inaperçue : elle nous met dans une position humiliante, comme des orphelins à la table des puissants, et nous montre que nous avons gaspillé argent, efforts et années de développement.
Le niveau d’éducation constitue la mesure fondamentale du progrès des nations, car il est le socle sur lequel reposent toutes les formes d’avancement : pas de science sans éducation, pas de santé sans éducation, et les sociétés ignorantes restent toujours au bas de l’échelle.
Les chiffres que tout le monde connaît sont effrayants. Le Conseil économique, social et environnemental a publié un rapport alarmant qui aurait dû pousser le gouvernement à s’arrêter et à analyser les causes de cette crise. Plus d’un million et demi de jeunes âgés de 15 à 24 ans se trouvent hors de l’école, de la formation et de l’emploi. Pire encore, près de 4,65 millions de jeunes entre 15 et 34 ans sont exclus de l’enseignement, de la formation et du marché du travail.
Quelle vision et quel gouvernement peuvent ignorer que la base même du pays est en dehors du cercle productif ? Ces millions de jeunes — auxquels s’ajouteront des milliers chaque année — représentent un fardeau pour l’État, aujourd’hui et jusqu’à ce qu’ils deviennent âgés et nécessitent une prise en charge publique.
Le Conseil supérieur de l’éducation est lui aussi arrivé à une conclusion accablante pour le système éducatif marocain : il ne suffit pas de se réjouir du nombre d’élèves scolarisés, car les chiffres périphériques à l’opération éducative sont encore plus révélateurs. Environ 300 000 élèves quittent l’école chaque année, et la plupart des projets censés les récupérer ne sont qu’un gaspillage d’argent.
L’« école de la deuxième chance », censée réintégrer les élèves ayant abandonné précocement, et dont le financement se chiffre en millions de dirhams versés à certaines associations, n’a pas réussi à résoudre ne serait-ce qu’une petite partie du problème. L’année dernière, par exemple, elle n’a pu accueillir que 18 000 élèves sur 300 000. Et parmi ces 18 000, combien parviendront réellement à s’intégrer ? Certains abandonnent à nouveau. Quelle solution est-ce là ?
Face à cette réalité désolante, il ne faut pas s’étonner du classement international obtenu : un classement qui nous correspond et que nous ne méritons ni meilleur ni pire. Il constitue en quelque sorte une reconnaissance de ce que nous avons accompli dans ce domaine — même si cet accomplissement est un échec.










