La Fédération Marocaine des Éditeurs de Journaux (FMEJ) exprime sa profonde indignation après la diffusion d’une vidéo, fuitée d’une réunion de la commission de déontologie relevant de la commission provisoire chargée de la gestion du secteur de la presse. Publiée sur la chaîne YouTube du site Badil par le journaliste Hamid El Mahdaoui, cette vidéo a provoqué une onde de choc dans le milieu médiatique, tant elle révèle, selon la FMEJ, de graves dérives professionnelles, éthiques et juridiques.
La Fédération estime que le contenu de cette réunion constitue un « véritable massacre éthique », portant atteinte non seulement à la presse et à l’indépendance de la justice, mais aussi au principe fondamental de l’autorégulation. Elle dénonce une logique « conspiratrice », qui, selon elle, ne date pas d’aujourd’hui : un plan orchestré depuis plusieurs années pour marginaliser la FMEJ, écarter ses membres du dialogue institutionnel, et instaurer une domination d’un courant unique sur les structures de régulation et d’appui à la presse.
La FMEJ souligne que ce processus a commencé avec la scission au sein de l’organisation historique des éditeurs, suivie de l’exclusion de la Fédération de tout cadre de concertation, du refus d’organiser les élections du Conseil National de la Presse (CNP) après l’expiration de son mandat, et de la mise en place d’une commission provisoire composée en grande partie de membres issus de la même association. Le gouvernement, rappelle-t-elle, a même nommé deux membres de cette association au sein de la commission, avant que le ministère de la Communication n’intègre quatre autres membres du même groupe dans la commission d’aide publique à la presse.
La Fédération affirme également que cette hégémonie s’est étendue aux jurys des Prix de la Presse, ainsi qu’à la gestion des accréditations pour la couverture des compétitions de football, un champ d’action devenu aujourd’hui monopolisé par cette même structure. Pour la FMEJ, la fuite de la vidéo ne fait que révéler un système fermé où prévalent « vulgarité du discours, règlements de comptes, et violations des règles élémentaires de justice disciplinaire ».
Face à ces dérives, la FMEJ formule plusieurs demandes. Elle appelle d’abord à l’ouverture d’une enquête judiciaire pour examiner les conditions des sanctions infligées à Hamid El Mahdaoui et à d’autres journalistes, et pour déterminer les responsabilités au sein de la commission provisoire. Elle demande également la suspension du processus législatif en cours concernant la réorganisation du CNP, estimant que ce projet de loi est le prolongement de la même logique qui a éclaté au grand jour avec la vidéo.
La Fédération rappelle que le mandat légal de la commission provisoire a expiré début octobre dernier et que celle-ci continue pourtant d’exercer ses prérogatives en dehors de tout cadre légal. Elle considère donc toutes ses décisions comme « nulles et non avenues » et appelle à combler immédiatement le vide administratif par un dialogue global et sérieux avec les organisations professionnelles représentatives.
Pour la FMEJ, l’enjeu dépasse désormais le simple scandale : il s’agit de protéger l’avenir du secteur, de préserver la presse indépendante et de garantir que les médias marocains restent un pilier de la démocratie, plutôt qu’un outil au service d’intérêts particuliers.
Dans ce contexte tendu, la Fédération estime que la crise actuelle est certes dommageable pour l’image de la presse marocaine, mais qu’elle constitue aussi une opportunité pour stopper un « plan de mainmise » et reconstruire un modèle de régulation respectueux de la liberté, de l’éthique et de la transparence.










