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 Le Maroc : un royaume libre, fraternel et singulier

18 septembre 2025
in Opinions
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-Fouad Boujbir

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 Introduction :

 

À l’heure où les nations se redéfinissent dans un monde fragmenté par les tensions géopolitiques, les enjeux migratoires, les mutations identitaires et les défis du développement, le Maroc émerge comme un cas différent. Il ne se contente pas de suivre les courants dominants; il forge, à son rythme, une réponse à la fois enracinée et innovante aux grands questionnements de notre époque. Cette réponse se cristallise dans trois dimensions fondamentales, la liberté, la fraternité et l’originalité, qui structurent à la fois l’histoire, le présent et les aspirations du Royaume.

 

 

*I. La liberté : souveraineté historique et réforme progressive*

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La notion de liberté au Maroc ne s’analyse ni dans l’absolu ni dans l’idéal : elle doit être contextualisée dans un cadre historique particulier. Contrairement à de nombreux pays du Sud ayant subi une colonisation directe, le Maroc a été placé sous un régime de protectorat en 1912, laissant subsister une monarchie symboliquement souveraine. Ce détail, souvent perçu comme marginal, a joué un rôle essentiel dans la continuité étatique, permettant une transition relativement ordonnée vers l’indépendance en 1956.

 

Dans ce contexte, le retour triomphal de feu Mohammed V revêt une portée fondatrice : l’indépendance n’est pas une fin, mais un commencement.

 

Cette phrase, souvent citée, révèle une conception dynamique de la liberté : elle n’est pas donnée une fois pour toutes, mais doit être constamment conquise et réinventée.

 

Sous le règne de S.M. le Roi Mohammed VI, cette vision évolue vers une conception plus institutionnelle et structurelle de la liberté. La réforme constitutionnelle de 2011, impulsée dans le sillage du « Printemps arabe », affirme une nouvelle ère de gouvernance : séparation des pouvoirs, reconnaissance de la pluralité linguistique et culturelle, renforcement des droits individuels. Le Roi, que dieu l’assiste, y affirme : « Notre volonté est de consolider un modèle démocratique marocain fondé sur la participation, l’équilibre et la responsabilité. » (Discours du 9 mars 2011)

 

Or, cette liberté reste en tension. D’un côté, les avancées législatives sont indéniables ; de l’autre, des débats cruciaux subsistent sur la liberté de la presse, les droits des femmes. D’ailleurs, la démocratie ne se résume pas seulement à l’existence d’une constitution, mais aussi à la possibilité pour chacun de se penser en sujet. Ce concept est largement partagé dans les théories contemporaines de la démocratie, qui insistent sur l’importance de la participation active des citoyens et de leur capacité à se concevoir comme des acteurs autonomes dans le processus démocratique.

 

Le Maroc, en ce sens, avance selon une logique de réforme graduelle, qui évite la rupture mais peut donner l’impression d’une lenteur, voire d’un compromis permanent entre les forces modernisatrices et les résistances traditionnelles.

 

Mais pour comprendre pleinement cette trajectoire, il faut mentionner l’action déterminante de feu S.M. le Roi Hassan II, figure centrale de l’État post-indépendance. Dans un contexte marqué par la Guerre froide, les tensions régionales et les défis internes, le Roi Hassan II a su préserver la stabilité du Royaume tout en engageant des réformes institutionnelles majeures. Son rôle dans l’élaboration de la première Constitution de 1962, la consolidation d’un État moderne et la gestion d’une pluralité politique naissante témoigne de sa vision de la monarchie comme garante de l’unité et de l’évolution du pays. S’il a parfois privilégié une gouvernance centralisée dans des contextes sensibles, il a aussi posé les fondations d’un dialogue national continue dans le temps.

 

Par la suite, SA MAJESTE Le Roi Mohammed VI, que dieu l’assiste,

a poursuivie ce dialogue sous différentes formes, notamment à travers

l’Instance Équité et réconciliation, marquant ainsi une volonté d’assumer les zones d’ombre du passé tout en ouvrant la voie à une mémoire partagée.

 

 

*II. La fraternité : pluralité culturelle et cohésion sociale*

 

Le Maroc n’est pas une entité uniforme : c’est une mosaïque identitaire. Cette diversité, loin d’être une faiblesse, constitue une ressource stratégique et humaine. Amazighs, Arabes, Sahraouis, Juifs, Subsahariens, Andalous : tous ont contribué à tisser le riche tissu de la société marocaine. D’ailleurs, la constitution de 2011 entérine cette diversité : « L’unité du Royaume se fonde sur la pluralité de ses affluents : amazigh, saharien hassani, hébraïque, andalou, méditerranéen et africain. »

 

La reconnaissance officielle de la langue amazighe et de la composante juive de l’identité nationale marque un tournant. Le Royaume est aujourd’hui l’un des rares pays du monde arabe à intégrer positivement la mémoire juive dans son récit national. À ce sujet, la visite de Sa Sainteté le Pape François au Maroc en 2019 a illustré la volonté du pays de promouvoir un dialogue interreligieux sincère.

 

Ce cadre de fraternité institutionnalisée est également renforcé par une culture populaire marquée par la tolérance et l’hospitalité. Le proverbe marocain « Diyaf Allah » (« l’hôte est l’invité de Dieu ») illustre bien cette valeur. Il convient néanmoins de ne pas tomber dans l’idéalisation : les tensions sociales, les inégalités économiques et les discriminations latentes rappellent que cette fraternité est autant un idéal à atteindre qu’un acquis à préserver.

 

Comme le note le penseur Abdallah Laroui : « La tradition n’est pas l’opposée du changement. Elle est un vecteur de continuité, à condition d’être repensée à la lumière du présent. » (L’idéologie arabe contemporaine, 1967).

 

 

*III. L’originalité du Royaume : singularité géopolitique et culturelle*

 

Ce qui rend le Maroc véritablement unique dans son environnement régional, c’est sa capacité à affirmer son originalité, non pas dans l’isolement, mais dans le positionnement stratégique. Ni strictement arabe, ni exclusivement africain, ni tout à fait occidentalisé, le Maroc s’inscrit dans un entre-deux fertile, assumant ses multiples appartenances.

 

Dans le domaine diplomatique, cette différence est devenue un levier stratégique : réintégration de l’Union africaine en 2017, marquant une étape majeure de sa politique africaine, Rayonnement spirituel du Maroc en Afrique de l’Ouest à travers la formation des imams, Engagement du Maroc dans les négociations climatiques internationales, illustré par l’organisation de la COP22 à Marrakech en 2016. Cette posture s’inscrit dans le cadre d’une diplomatie affirmée, caractérisée par la recherche constante de l’équilibre, ce qui a permis de construire des alliances durables.

 

Sur le plan culturel, la différence marocaine s’exprime aussi par sa capacité à absorber les modernités sans renier ses traditions. La médina millénaire de Fès cohabite avec les incubateurs technologiques de Casablanca; la musique gnaoua se mêle au jazz et à l’électro ; la jeune génération lit aussi bien Choukri que Zadie Smith.

 

Toutefois, cette différence peut également devenir une source de malentendus ou de critiques : certains dénoncent une occidentalisation superficielle, d’autres une inertie sociale profonde. Le défi, dès lors, est de transformer cette différence en cohérence et non en dissonance.

 

 

 

*Conclusion : un équilibre dynamique à construire*

 

 

Dire que le Maroc est libre, fraternel et singulier n’est pas simplement dresser un portrait flatteur du pays : c’est reconnaître une tension permanente entre des aspirations profondes et des contraintes historiques, culturelles, politiques. C’est affirmer un projet national à la fois enraciné dans l’histoire et tendu vers l’avenir.

 

La liberté y est un chemin, non une destination. La fraternité, une éthique plus qu’un fait. Et la singularité, une richesse à organiser, non une exception à justifier.

 

Le Maroc ne prétend pas être un modèle figé, mais il s’offre comme un laboratoire vivant, où l’identité se construit dans la complexité, et où la singularité n’est ni orgueil ni repli, mais une manière d’habiter le monde.

 

 

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