Il est difficile de trouver un pays où les contradictions cohabitent autant qu’au Maroc. Après avoir dépensé 52 milliards de dirhams — une somme difficilement quantifiable — en plus de milliards supplémentaires alloués chaque année sous forme de subventions, nous nous retrouvons, à l’ombre du Plan Maroc Vert, à importer du foin depuis l’Amérique latine, après être entrés depuis longtemps déjà dans une phase d’importation du blé.
Le blé constitue le premier pilier de la souveraineté alimentaire. Or, cette dernière a été progressivement épuisée à travers le changement du modèle agricole au Maroc, où la priorité a été donnée aux cultures d’exportation au détriment des cultures vivrières. Ainsi, l’agriculture marocaine a fini par sacrifier les cultures alimentaires, en particulier le blé. D’un pays exportateur, le Maroc est devenu l’un des plus grands importateurs, notamment de Russie, sans parler d’autres pays.
Cette dépendance croissante vis-à-vis de l’extérieur ne se limite plus au blé, mais s’est étendue jusqu’au foin.
Les Marocains disaient autrefois : « il lui a pris le grain et le foin », une expression utilisée pour qualifier celui qui trompe quelqu’un afin de s’approprier tout ce qu’il possède.
Dans le cas du gouvernement, après avoir porté atteinte à la souveraineté alimentaire au niveau du blé, voilà qu’elle atteint aujourd’hui le foin : « grain et foin ».
Le foin est l’un des produits les plus élémentaires issus des cultures céréalières. Pourtant, le Maroc s’est retrouvé contraint d’en importer du Brésil. Une décision qui a suscité une vague de sarcasmes et de colère sur les réseaux sociaux, beaucoup y voyant un aveu explicite de l’échec des politiques agricoles et le symbole de l’effondrement du concept de souveraineté alimentaire.
La souveraineté alimentaire n’est plus simplement menacée, comme on le disait auparavant ; aujourd’hui, elle appartient bel et bien au passé.
Les chiffres et les données de terrain confirment que la crise du foin n’est pas conjoncturelle, mais le résultat d’années d’accumulation marquées par la sécheresse, la mauvaise gestion des ressources et l’orientation des investissements agricoles vers des cultures d’exportation fortement consommatrices d’eau, au détriment des cultures alimentaires de base.
Les professionnels du secteur de l’élevage soulignent que le foin est un élément indispensable dans l’alimentation du bétail, non pas pour sa valeur nutritionnelle élevée, mais pour son rôle vital dans le processus de digestion et de rumination.
Même si les aliments composés assurent l’apport en protéines et en énergie, l’absence de fibres grossières menace la santé du cheptel et entraîne des pertes supplémentaires.
Le débat sur la sécurité alimentaire au Maroc s’est intensifié. Il ne s’agit plus d’une simple discussion théorique ou d’un slogan institutionnel, mais d’une réalité quotidienne révélée par les chiffres des importations et les décisions gouvernementales successives.
Le Maroc traverse une phase critique, à laquelle le gouvernement semble indifférent dans ses conséquences : une hausse sans précédent des importations de blé russe et l’importation de foin depuis le Brésil pour combler le déficit en alimentation du bétail.
Ce niveau de dépendance n’est-il pas la preuve que nous ne sommes plus un pays agricole comme auparavant ? Et si nous ne sommes plus un pays agricole, dans quelle catégorie nous situons-nous aujourd’hui ?
Un pays historiquement agricole est devenu incapable d’assurer les besoins alimentaires les plus élémentaires, à une époque où l’on brandit les slogans du « Plan Maroc Vert » et de la « Génération Verte ».
L’importation du foin constitue également un service rendu aux grands groupes d’intérêts, à travers les autorisations et le soutien public qu’elle génère.
C’est un double épuisement : celui de la souveraineté alimentaire et celui du budget public.










