La fatwa signifie la réponse donnée aux questions posées par les mukallafûn, c’est-à-dire ici les citoyens marocains dont la vie s’est transformée et dont les revenus financiers se sont diversifiés par rapport aux siècles passés.
Quelle que soit la nature de la question, la fatwa suit deux voies : soit une voie spécifique, basée sur un hadith authentique ou jugé fiable, soit une voie générale, lorsque le texte fait défaut, en l’intégrant dans un cadre plus large.
Au Maroc, la fatwa relève des prérogatives du Commandeur des croyants. Les avis religieux sont soumis à Sa Majesté à travers le Conseil supérieur des Oulémas, qui les élabore dans le cadre d’un effort collectif tenant compte de toutes les dimensions du cas étudié.
Le Conseil supérieur des Oulémas a annoncé que le Commandeur des croyants avait ordonné l’émission d’une fatwa générale clarifiant aux citoyens les règles de la zakât. L’objectif principal de cette fatwa est purement scientifique et pédagogique : répondre aux nombreuses questions des Marocains, notamment concernant la zakât sur les revenus issus des activités économiques modernes (salaires, services, investissements, transactions), en ce qui concerne le nissâb, les taux et les délais d’acquittement.
Le Conseil a précisé qu’il s’agissait d’une question doctrinale destinée à répondre aux interrogations nouvelles des citoyens. La fatwa et ses critères restent ainsi garantis par l’Institution de l’Imamat suprême, à travers la mission confiée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Conseil supérieur des Oulémas, sans qu’aucun autre organisme n’intervienne dans ce domaine.
En parlant de la zakât, il s’agit aussi de réfléchir à l’orientation de ses fonds après la définition de ses nouvelles sources et modalités. La zakât, telle que pratiquée individuellement par les Marocains, reste un devoir religieux avec une forte portée sociale. Cependant, son mode actuel d’acquittement limite l’un de ses objectifs majeurs : la solidarité sociale. Cette pratique individuelle rapproche davantage la zakât des « aumônes » (sadaqât) que de son statut originel, celui d’un devoir sur les biens acquis.
Pour que la zakât retrouve son rôle spirituel et social, la création d’une Maison du Trésor de la Zakât apparaît nécessaire. Celle-ci, placée sous une gestion publique spécifique, ne devrait pas considérer les fonds de la zakât comme partie intégrante de son budget, mais être régie par une loi et des objectifs clairs.
Même si cette initiative ne suscitait pas un grand engouement au départ, elle pourrait démontrer son efficacité dans la résolution des problèmes sociaux. Ainsi, les montants de la zakât distribués individuellement dans un village pourraient, s’ils étaient collectés, financer un projet collectif ou coopératif générant des revenus durables.
Un modèle inspirant existe déjà : la Maison du Trésor d’Al-Qods (Bayt Mal Al-Qods), institution qui gère les dons des Marocains. Ayant constaté le sérieux et la sincérité de cette institution dans la réalisation de projets au profit des habitants de Jérusalem, les Marocains contribuent généreusement et souvent discrètement.
De la même manière, si une Maison du Trésor de la Zakât était créée et mettait en œuvre des projets d’intérêt public (réparation des routes, construction d’œuvres caritatives, hébergement des orphelins, soutien aux élèves en décrochage, etc.), elle convaincrait progressivement les citoyens de déposer leur zakât dans ce fonds, en vue d’un investissement collectif et pérenne.










