Nous nous sommes habitués, dans ce pays, à ce que le gouvernement n’accorde que peu d’attention aux rentrées : rentrée politique, rentrée sociale ou encore rentrée scolaire.
Cette dernière n’est souvent qu’une occasion pour le ministre et certains responsables de prendre des photos lors de visites à quelques établissements éducatifs. Mais, au-delà de cela, il n’existe aucune véritable campagne que l’on pourrait qualifier de « rentrée scolaire ». Tout ce que nous avons appris du ministre est que le nombre d’élèves a dépassé cette année les 8 millions dans l’ensemble des cycles d’enseignement.
Nul ne conteste la nécessité de rendre l’éducation obligatoire pour tous les Marocains, et il ne devrait y avoir aucun débat à ce sujet. Cependant, il est indispensable de vérifier ces chiffres. Huit millions d’élèves représentent environ un quart de la population marocaine. Or, parallèlement, près de cinq millions de jeunes Marocains âgés de 15 à 34 ans se trouvent en dehors de l’école, de la formation et de l’emploi. Nous sommes aujourd’hui face à une véritable catastrophe sociale : environ 13 millions de citoyens marocains se retrouvent exclus du « système de génération de revenu ».
Qui subvient aux besoins de ces millions de personnes ? Comment vivent-ils ? Comment se forment-ils ? Qui assume ce coût ? Il est connu que le gouvernement ne se sent pas concerné par ce qui se passe et ne s’interroge pas sur les répercussions sociales de cette large frange de Marocains qui ont pourtant besoin d’accompagnement. Or, il s’agit là d’une opportunité historique qui pourrait être investie de manière positive, sachant qu’au moins cinq millions de personnes ont besoin d’être intégrées au marché du travail. Le rôle du gouvernement devrait consister à fournir les moyens d’intégration et à mettre en place des structures capables d’absorber ces vagues de Marocains prêts à produire.
La structure démographique du Maroc aujourd’hui est largement composée de jeunes, mais le gouvernement répond à leurs attentes par le mépris : non seulement parce qu’il ne se soucie pas de créer des structures productives, mais aussi parce qu’il contribue, par ses mesures « injustes », « unilatérales » et « exclusives », à la fermeture de nombreuses entreprises et, par conséquent, à la perte d’opportunités d’emploi.
L’éducation, dans tous les pays, constitue un levier de progrès. Mais lorsqu’elle se réduit à un simple apprentissage de la lecture et de l’écriture, elle ne diffère guère d’une conception historique dépassée : « savoir déchiffrer des lettres », alors que les besoins actuels en compétences exigent une éducation de qualité.
Malheureusement, au moment même de la rentrée scolaire, un rapport sur la justice sociale publié par l’Institut d’études avancées en sciences sociales de l’Université Fudan à Shanghai — un rapport reconnu pour sa crédibilité internationale et son sérieux scientifique dans la production de données — a classé le Maroc au 110ᵉ rang mondial sur 186 pays, confirmant son net recul dans ce domaine.
Si les rapports nationaux et internationaux s’accordent tous à classer l’éducation au Maroc dans le bas de l’échelle, cela signifie que le problème est réel et qu’il faut impérativement repenser tout le système éducatif, en l’éloignant des logiques commerciales et des affairistes. La responsabilité devrait être confiée à une personnalité nationale compétente ou issue du terrain, afin de trouver de véritables solutions qui dépassent les discours creux, les chiffres d’inscriptions et les taux de réussite.
Le gouvernement ne doit pas oublier qu’il a, de fait, démissionné de ses responsabilités, laissant des millions de parents assumer seuls la charge. En d’autres termes, la moitié des Marocains travaillent pour assurer l’éducation d’un quart de leurs concitoyens, sans que l’État ne leur offre ni une éducation de qualité, ni des perspectives d’emploi après l’obtention de leurs diplômes.










