Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, dispose de la possibilité de passer sur les chaînes de l’audiovisuel public, mais il ne possède pas l’art de la communication politique. Il a échoué à produire l’information et à la transmettre à travers un espace médiatique pourtant important. Le résultat a été l’inverse de ce qu’il escomptait. On peut donc dire qu’il a échoué dans cette mission, entraînant avec lui un revers pour ceux qui lui soufflent des “avis” et des conseils.
Cependant, une question s’impose : quel était l’objectif de cette sortie médiatique ? Et quelle en était l’occasion ? Si cela faisait partie des habitudes du chef du gouvernement, on n’y aurait vu aucun problème. Or, il faut rappeler que cette rencontre est passée totalement inaperçue : les citoyens n’en ont eu connaissance que par hasard, en tombant dessus sur Al Aoula ou 2M, ou après la publication de quelques commentaires sur les réseaux sociaux. Cela signifie que l’audiovisuel public, pourtant doté de compétences journalistiques et politiques, a été instrumentalisé et vidé de son rôle par certaines parties au sein du gouvernement, ne servant plus qu’à offrir une tribune calibrée au chef du gouvernement, dans un format loin d’un véritable dialogue politique.
Rien ne justifiait cette apparition improvisée, sans annonce préalable, à un moment où le chef du gouvernement évite d’autres espaces de communication, de peur d’être mis en difficulté. Or, se présenter à la télévision est certes important pour délivrer des messages aux citoyens, mais il est bien plus essentiel de respecter les dispositions constitutionnelles l’obligeant à participer à la séance mensuelle du Parlement afin de répondre aux questions des députés sur les politiques publiques de son gouvernement.
Cette fuite devant une obligation constitutionnelle appelle elle-même à des explications, surtout lorsque ses prédécesseurs tenaient à honorer ce rendez-vous, considéré comme la tribune par excellence de la communication politique et un canal majeur de transmission de l’information.
Encore faut-il produire l’information avant de la transmettre. Or, lors de l’entretien accordé à la télévision, le chef du gouvernement a avancé des données qui nécessitent toutes une vérification rigoureuse quant à leur véracité. Il a évoqué la création d’un million d’emplois, une promesse que l’on entendait déjà de sa bouche avant les élections qui l’ont porté à la tête du gouvernement.
Il n’est pas politiquement responsable de lancer des chiffres qui provoquent soit la colère des citoyens, soit la moquerie des observateurs avertis, comme cette déclaration selon laquelle 12 millions de Marocains profiteraient de l’aide gouvernementale (500 dirhams). Akhannouch mesure-t-il ce que représente réellement ce montant aujourd’hui ? Sait-il qu’il ne couvre même pas l’argent de poche que donne une mère qui travaille dur à un fils pour lequel le chef du gouvernement n’a pas su créer un emploi ?
Et de quelle fierté peut se prévaloir un gouvernement dont le chef affirme que le tiers des Marocains se réjouit du programme “Mouachir”, qui constitue une atteinte à la dignité des citoyens, privés de leurs droits fondamentaux pour être réduits à recevoir des aumônes qui ne les nourrissent pas et ne les satisfont en rien ?
Un passage raté. Une expérience manquée en matière de communication politique. Des données biaisées, difficilement acceptées par le public.










