Idriss Adar
Un site historique livré à la négligence. Les vestiges du Maroc ancien entre des mains insouciantes.
Lorsque vous visitez le site historique de Volubilis, vous avez l’impression que certains agissent contre l’intérêt du pays. Une négligence totale, presque volontaire, frappe l’ensemble du site. Des déchets partout. Rien ne laisse penser que l’on se trouve dans un lieu archéologique. Aucune “trace” ne subsiste. On a laissé perdre le temps, l’histoire et même la géographie.
Nous y avons croisé des visiteurs venus des quatre coins du monde : visages européens, asiatiques… Toutes les langues résonnent sur place. Les bus touristiques affluent sans arrêt, tandis que les voitures des Marocains continuent d’arriver. Les prix d’entrée paraissent élevés.
À ce propos, le site génère des revenus considérables. Les visiteurs se comptent par milliers, sans exagération. Et ces milliers représentent des millions de centimes qui affluent sans difficulté.
Un site archéologique rentable, mais abandonné. “Men zitou qlihou”, comme disent les Marocains : autrement dit, une partie des revenus du site suffirait amplement à lancer des chantiers d’entretien et de restauration.
Un lieu qui accueille chaque jour des milliers de visiteurs, étrangers comme Marocains, ne dispose même pas d’installations sanitaires à la hauteur du prix d’accès. Des installations indignes pour recevoir les Marocains, et encore moins les invités du pays.
Le patrimoine est une image de nous-mêmes ; il raconte ce que nous avons été. Une ville bâtie il y a des siècles, toujours debout aujourd’hui, mais qui a besoin de responsables capables de résister au laisser-aller. N’y a-t-il personne pour demander des comptes ? Pourquoi cette complicité, silencieuse ou assumée ?
Une cité antique victime d’un abandon affligeant. Les responsables se contentent, le soir venu, de compter “la recette”, comme s’il s’agissait d’une marchandise sur un marché. Et pourtant, même les commerçants n’ont pas cette mentalité de négligence. S’ils avaient l’esprit gestionnaire d’un vrai commerçant, ils auraient investi pour augmenter les revenus.
Les responsables ne pensent qu’aux visiteurs du jour, sans se soucier de les inciter à revenir.
Dans d’autres pays, les sites historiques et les monuments attirent des foules impressionnantes, car leurs responsables savent la valeur de la mémoire collective. À Volubilis, nous voyons l’histoire, mais nous voyons aussi la misère de ceux qui gèrent les affaires publiques. La misère de ceux qui devraient protéger notre mémoire de l’oubli. Détestent-ils à ce point l’histoire vivante ?
Le patrimoine est un document vivant, témoin de notre existence. Mais lorsque des personnes sans ancrage historique sont en charge, tout finit par se perdre.
Si Volubilis était dirigée par ceux qui en sont réellement dignes, elle attirerait à elle seule des millions de touristes. Sans parler de l’abandon des villages voisins, aussi prisés des étrangers en quête de tranquillité et de nature. Mais la nature de certains responsables est de laisser les choses se déliter… jusqu’à ce que tout disparaisse.










