Le gouvernement se targue de réaliser des résultats éclatants que Aziz Akhannouch qualifie de « miracles ». Dans cette même veine avancent ses ministres, bien que les partis de la coalition gouvernementale aient commencé à critiquer ses orientations à l’approche des élections. Mais ces prétentions de grandes réussites, affichées sans modestie, nécessitent une mise à l’épreuve réelle afin de confronter l’exécutif à la vérité.
Le ministre de l’Agriculture ne s’est pas contenté de vendre des illusions aux Marocains, mais également aux Africains, lors de sa participation à une conférence au Sénégal. Dans un entretien avec Le Soleil, il a affirmé que le Plan Maroc Vert avait transformé en profondeur l’agriculture nationale.
« Grâce au Plan Maroc Vert, a ajouté le ministre, le Royaume a pu moderniser ses filières agricoles, accompagner les petits exploitants et renforcer son autosuffisance alimentaire. »
Par malchance, cette déclaration coïncidait avec un rapport indiquant que le Maroc avait besoin de 115 milliards de dirhams pour importer du blé. Un rapport qui n’émane pas d’un centre ou d’une institution que le chef du gouvernement pourrait qualifier de partiale, politisée ou non scientifique. Il s’agit d’une note officielle du ministère de l’Économie et des Finances.
À quoi sert donc le Plan Maroc Vert s’il n’a pas permis d’atteindre la souveraineté alimentaire ? Ce montant colossal dépend des fluctuations du marché mondial, des chaînes d’approvisionnement et de leur vulnérabilité aux guerres et bouleversements que connaît le monde.
Le ministre de l’Agriculture, avec fermeté, a soutenu que ce plan avait renforcé l’autosuffisance alimentaire. Mais dans quel domaine précisément ? Le blé demeure le produit de base que tous les pays cherchent à garantir en quantités suffisantes. Certains États importent, faute de disposer de terres fertiles adaptées à la production céréalière, notamment les pays désertiques ou soumis à un climat défavorable.
Or, le Maroc, présenté comme un pays agricole, aurait dû développer ses propres filières céréalières. Le Plan Maroc Vert s’est, au contraire, orienté vers des cultures d’exportation.
Il faut préciser que les cultures destinées à l’exportation sont importantes, car elles permettent de générer des devises et de maintenir l’équilibre entre exportations et importations. Toutefois, il est absurde de privilégier ces cultures au détriment de celles qui assurent la subsistance des Marocains.
Dans tous les pays qui n’ont pas subi de politiques destructrices, un équilibre est maintenu : développer les cultures et industries d’exportation tout en sécurisant les filières traditionnelles de production, car elles constituent un levier essentiel de l’autosuffisance alimentaire. Comme le disent les Marocains : « On peut mentir aux morts, mais pas aux vivants. »
Que signifie alors prétendre, en tant que responsable politique, avoir réalisé des résultats exceptionnels alors que la réalité démontre le contraire ? À quoi sert le discours du ministre de l’Agriculture qui affirme que le Plan Maroc Vert a renforcé l’autosuffisance alimentaire, tandis que le ministère de l’Économie et des Finances confirme le besoin de 115 milliards de dirhams pour importer du blé ?
Nous aurions dû, à ce stade, cesser d’importer cette denrée essentielle. Mais le Plan Maroc Vert a tout compromis, et le dossier a été clos sans qu’aucune responsabilité ne soit assumée.










