Ce qui s’est passé lors du vote, en deuxième lecture à la Chambre des représentants, sur le projet de loi de finances 2026 constitue un véritable scandale. Sur 395 députés, seuls 80 ont voté pour, tandis que 25 s’y sont opposés, ce qui signifie qu’il a obtenu moins du quart des voix parlementaires.
La loi de finances est la loi la plus importante adoptée par le Parlement. Cela ne signifie pas que les autres lois n’ont aucune importance, mais celles-ci peuvent être modifiées en cas d’insuffisance, alors que la loi de finances encadre une année budgétaire entière. Toute défaillance qu’elle comporte est irréversible et affecte les années suivantes.
Le projet a recueilli 80 voix favorables contre 25 défavorables, soit le même nombre que lors des votes sur les première et deuxième parties du texte.
La Chambre des conseillers a, pour sa part, adopté la loi à la majorité, avec 36 voix pour, 12 contre et 6 abstentions.
Selon le rapport de la Commission des finances, de la planification et du développement économique à la Chambre des conseillers, le gouvernement a accepté 72 amendements sur les 227 présentés par les groupes parlementaires de la deuxième chambre, un nombre nettement supérieur à celui adopté à la Chambre des représentants, où seulement 30 amendements sur 350 ont été approuvés.
Les amendements acceptés se répartissent comme suit : 31 présentés par les groupes de la majorité, 31 par les groupes de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), 4 par le groupe de l’Union générale des travailleurs du Maroc, 2 par l’Union nationale du travail, et un amendement pour chacun des groupes du Mouvement populaire et de l’Union marocaine du travail. Le gouvernement a également introduit deux amendements de sa propre initiative.
Voilà donc l’importance accordée par le gouvernement et le Parlement à la loi de finances. Ils traitent la loi la plus essentielle, celle qui concerne directement le peuple, comme si elle n’avait aucune valeur. La loi de finances, qui touche au pouvoir d’achat, à l’économie, aux ressources et au trésor public des Marocains, ne semble pas intéresser le gouvernement lorsqu’il s’agit d’examiner les amendements proposés ; et même ceux acceptés ne sont souvent que formels, tandis que les amendements de fond sont rejetés au nom de la loi ou de la Constitution.
Le gouvernement s’appuie constamment sur un prétexte : « les amendements qui menacent les équilibres financiers ». Grâce à cet argument, il accepte ou refuse ce qu’il veut, alors que pour bon nombre des amendements rejetés, il n’explique même pas en quoi ils perturberaient réellement ces équilibres.
Quant aux parlementaires, ils semblent eux aussi peu concernés par la loi la plus importante qui régit le pays et la vie des citoyens. Leur priorité est souvent de voter sur les points qui touchent leurs propres intérêts, certains utilisant même le Parlement comme tribune pour régler des comptes, tandis que l’essentiel du travail législatif ne les intéresse pas vraiment.
Dans les parlements qui se respectent – et l’on parle ici de toutes leurs composantes –, sur les questions cruciales, notamment le budget, l’hémicycle est rempli du début à la fin. Cela est visible dans la plupart des institutions législatives où les parlementaires respectent et apprécient la fonction qu’ils occupent.
Les partis politiques restent pleinement responsables de cette situation dégradée : ce sont eux qui sélectionnent les élites, présentent les candidats et les défendent, mais refusent ensuite d’assumer la responsabilité de choisir les personnes compétentes et de les encadrer correctement.










