Ce qui est arrivé aux médias publics ces derniers jours illustre parfaitement l’expression marocaine bien connue : « Hbila ou galou liha zgarti » (la folle à qui l’on demande de pousser des youyous). À chaque fois qu’on allume une chaîne de télévision ou qu’on écoute une station de radio, on tombe sur un programme consacré aux protestations actuelles. Plusieurs de ces émissions ont invité des ministres du gouvernement Akhannouch pour expliquer la situation. Certains sont même apparus sur des chaînes arabes et étrangères, et l’un d’eux, incapable de se maîtriser, a donné une information erronée en affirmant que le salaire minimum dans le secteur privé est de 4500 dirhams.
Le passage des ministres dans les médias publics et privés, nationaux et étrangers, a malheureusement révélé que nous n’avons pas de véritables ministres capables de communiquer avec la société. Ils ne possèdent aucune compétence en matière de communication, se contentant de réciter des chiffres qu’ils pourraient tout aussi bien présenter lors d’une séance de questions parlementaires, écrites ou orales.
Pour ne pas généraliser, prenons l’exemple du ministre de la Santé, invité d’un programme diffusé sur une chaîne publique. Son passage a été salué par plusieurs pages Facebook connues et par des journalistes qui ont dépassé leur rôle habituel. Mais tout ce qui brille n’est pas or — parfois, ce n’est que du clinquant. Reconnaître des erreurs ne rendra pas la vie aux victimes de l’hôpital d’Agadir, et citer des chiffres facilement accessibles n’est ni une prouesse ni une preuve de compétence en communication.
Le ministre, comme d’autres membres du gouvernement, s’est contenté d’énumérer des données statistiques — nombre de médecins recrutés, nombre d’hôpitaux ouverts, etc. — alors que la réalité montre une crise structurelle profonde dans la gestion du secteur de la santé. Certains humoristes sont même allés jusqu’à dire que l’un des pires paradoxes au Maroc, c’est d’avoir un « ministre de la Santé » alors qu’il n’y a pas de santé. Si la santé publique est absente, pourquoi donc un ministère de la Santé ?
La présence d’un ministre de la Santé est imposée par la loi et par la réalité institutionnelle, mais encore faut-il garantir une véritable politique de santé. Le débat devrait porter sur les conditions d’accès aux soins au Maroc, problème qu’on ne peut résoudre en nommant simplement quelques médecins ici et là.
La même logique s’applique à l’Éducation. Dès sa nomination, le ministre a procédé à la révocation de dizaines de responsables sans rapport préalable des instances de contrôle, telles que l’Inspection générale, suscitant ainsi de nombreuses interrogations quant aux raisons réelles de ces décisions. De plus, l’extension du programme « École de la performance » (École de la réussite) s’est faite sans la mise en place des conditions nécessaires.
Une grave lacune se dégage du discours des ministres : l’absence de véritables conseillers capables de leur fournir une expertise pertinente. La plupart des conseillers sont nommés pour des raisons partisanes ou électorales, souvent issus des jeunesses des partis, transformant la fonction de conseiller ministériel en simple privilège politique. Si les ministres savaient exploiter les ressources mises à leur disposition par l’État — notamment en recrutant des conseillers spécialisés — ils surmonteraient cette crise de communication causée par des cabinets ministériels remplis d’incompétents.
S’ils veulent s’adresser au peuple, les ministres doivent répondre aux questions réelles posées par les citoyens, et non inventer d’autres questions pour y répondre eux-mêmes.










