Par Abderrafie Hamdi
Dans les relations internationales, les vérités n’émergent que rarement de manière soudaine. Elles avancent, lentement mais sûrement, au rythme des rapports, des délibérations et des ajustements successifs, jusqu’à ce qu’un moment de clarté impose une nouvelle lecture des faits. L’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité s’inscrit dans cette dynamique : elle ne crée pas une réalité nouvelle, mais consacre officiellement une situation établie depuis des années, mettant fin à la zone grise qui entourait encore la question du Sahara marocain.
Depuis plusieurs décennies, les provinces du Sud se sont affirmées comme un espace de développement dynamique et de diplomatie active. Laâyoune et Dakhla ne sont plus des villes périphériques : ce sont des plateformes politiques et économiques pleinement intégrées à l’Afrique et à l’Atlantique, accueillant aujourd’hui une trentaine de consulats et de représentations étrangères. Cette vitalité contraste avec la posture encore hésitante de plusieurs agences des Nations unies : UNICEF, HCR, PNUD, OIM, UNESCO …, dont la présence demeure hésitée pour des raisons politiques héritées d’un autre temps, et non en raison de principes juridiques fondés.
La résolution 2797 change profondément le cadre. En faisant de l’initiative marocaine d’autonomie le seul référentiel pour une solution politique, le Conseil de sécurité consacre une réalité essentielle : la question n’est plus de déterminer la souveraineté, mais d’organiser un exercice élargi des compétences locales au sein de la souveraineté marocaine. Dès lors, l’argument du «devoir de réserve» ou de la «neutralité prudente» ne peut plus justifier l’absence des agences onusiennes dans les provinces du Sud.

Historiquement, cette retenue n’était pas dictée par le droit international, mais par une prudence institutionnelle liée à l’idée que le dossier restait «en examen». Pourtant, l’expérience internationale prouve l’inverse : des territoires comme le Groenland, le Québec ou les Açores ont bénéficié de programmes onusiens sans que cela ne constitue une prise de position politique. Les Nations unies accompagnent des populations, non des statuts.
Rien ne distingue le Sahara marocain de ces précédents. Au contraire, l’essor économique, les grands chantiers structurants, notamment le port atlantique de Dakhla, les établissements universitaires, les réseaux routiers, ainsi que la nouvelle centralité géopolitique de la façade atlantique imposent une adaptation de l’action onusienne. Le Sud n’est plus un « espace sensible », mais un territoire ouvert, prêt à accueillir des programmes relatifs à l’enfance, à la santé, à l’environnement, aux migrations et aux droits humains.
Dans ce contexte, l’absence prolongée des agences onusiennes devient difficile à justifier. Comment promouvoir l’équité territoriale tout en écartant une région entière pour des raisons politiques dépassées ? Comment ignorer un espace diplomatique en plein essor alors que des dizaines de pays y renforcent leur présence ?
Le Maroc, qui exerce depuis longtemps une souveraineté stable sur ses provinces du Sud, avance vers la mise en œuvre d’un modèle d’autonomie avancée fondé sur la participation locale. Dans cette dynamique, la présence des Nations unies n’est pas un privilège, mais un levier naturel de coopération.
Avec la résolution 2797, la clarification juridique et politique est désormais acquise.
La question n’est plus : les agences onusiennes peuvent-elles travailler au Sahara ?
La vraie question est : pourquoi cela n’a-t-il pas été le cas plus tôt ?
Plus rien ne justifie l’absence, la réserve ou l’hésitation.










