Ce qui s’est passé à la Chambre des représentants autour de la crise de l’éducation était très révélateur. Lors de la réunion de la Commission de la culture et de l’éducation, convoquée pour débattre de la situation du secteur, les interventions des députés et les réponses du ministre de l’Éducation nationale ont montré que la crise de l’enseignement est aujourd’hui réduite à la seule question des “Écoles de l’Excellence”.
Fait à la fois risible et affligeant, relevé également par plusieurs parlementaires : le ministre a déclaré, sans la moindre hésitation, que des ministères européens de l’éducation — notamment en Allemagne et au Royaume-Uni — souhaitent visiter ces écoles marocaines dites “de l’Excellence”. Mais où compte-t-il les emmener ? Dans des classes fermées portant cette étiquette ? Ou dans des établissements “d’excellence” qui n’ont toujours pas reçu leurs équipements, alors que le premier trimestre de l’année scolaire touche déjà à sa fin ?
Une responsable régionale est même allée jusqu’à affirmer qu’un élève d’une École de l’Excellence vaut quatre-vingts élèves d’une école ordinaire, un propos d’une extrême gravité, qui signifie clairement que le ministère concentre tous ses efforts sur une minorité, en négligeant la grande majorité des élèves.
Ce discours, s’il n’est pas étayé par des données objectives, relève du pur non-sens. Car toute évaluation sérieuse des Écoles de l’Excellence doit se fonder sur des critères scientifiques, notamment l’analyse des résultats, des programmes et des outils pédagogiques.
Le vrai problème ne réside pas seulement dans les limites évidentes de ces écoles jusqu’à présent, ni dans leur instrumentalisation pour “fuir vers l’avant”, mais bien dans la réduction de toute la crise du système éducatif à ce seul modèle. Ces établissements ont été présentés comme un projet phare, alors qu’ils ne constituent, dans certains pays — pourtant moins avancés que le Maroc dans plusieurs domaines — qu’un simple outil de lutte contre l’abandon scolaire, adapté à des élèves en difficulté d’apprentissage.
Qu’elles soient réussies ou non, ces écoles demeurent une simple expérience pilote. Il est donc absurde de faire dépendre tout le système éducatif de leur sort, ou d’expliquer la crise de l’enseignement uniquement par les obstacles rencontrés par ces écoles.
Lorsque le ministre est interrogé sur la crise du secteur — comme le font souvent les membres du gouvernement d’Aziz Akhannouch — il répond invariablement que les problèmes datent d’avant son arrivée et qu’il s’efforce de “réparer” ce qu’il peut, comme si le gouvernement Akhannouch était le premier de l’histoire du Maroc, et comme si le parti qui le dirige n’avait jamais participé à des gouvernements précédents, alors même qu’il a longtemps géré des ministères stratégiques.
Un député l’a d’ailleurs interpellé en affirmant que le gouvernement souffre de trois complexes majeurs :
1. Croire que l’histoire du Maroc a commencé avec lui ;
2. Se défausser de toute responsabilité politique concernant les secteurs qu’il a dirigés par le passé ;
3. Réduire la question éducative aux seules Écoles de l’Excellence, et évaluer ces dernières selon des critères purement quantitatifs, au détriment des indicateurs de qualité de l’apprentissage.










