Le conflit d’intérêts constitue l’une des formes les plus pernicieuses de la corruption, capable de ronger le corps de l’administration publique tel un cancer silencieux. Il agit discrètement, dissimulé derrière la légalité et la confidentialité, permettant à certains de favoriser leurs proches, alliés ou collaborateurs dans l’obtention de marchés publics, en contournant les principes de concurrence libre prévus par la loi et la Constitution.
Deux affaires récentes, passées sous nos yeux, devraient marquer le point de départ d’une véritable lutte contre ce fléau.
La première, devenue une affaire d’opinion publique, concerne la suspension du marché relatif à la “Carte des risques de corruption dans le secteur de la santé”, en raison de soupçons de conflit d’intérêts liés à l’entité bénéficiaire du contrat.
La seconde affaire est passée plus discrètement au Parlement. Le député Abdessamad Haïker, du groupe du Parti de la Justice et du Développement, a accusé un membre du cabinet d’un ministre de posséder un cabinet de conseil ayant remporté un marché lancé par le même ministère.
Dans le premier cas, l’Instance nationale de probité a décidé de suspendre le marché en question et d’ouvrir une enquête approfondie sur les allégations soulevées, en se référant aux normes constitutionnelles et internationales en matière de conflits d’intérêts. L’institution a souligné son engagement envers les principes de neutralité et d’intégrité dans la gestion des marchés publics.
Cette mesure s’inscrit dans la stratégie rigoureuse adoptée par l’Instance pour garantir la crédibilité de son action et consolider les valeurs de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des fonds publics.
Dans la deuxième affaire, le député s’est retrouvé face à face avec le ministre, en présence des médias qui ont relayé ses propos — toujours disponibles et publiés sur le site du parti, en vidéo et en texte. Cependant, aucune réaction officielle n’a suivi, ni de la part du ministre concerné, ni d’un autre responsable.
Dans un tel cas, plusieurs démarches s’imposent.
Le ministre, s’il estime que le marché est régulier, devrait déposer plainte contre le député pour laver son honneur et celui de son département.
Quant au parlementaire, s’il est convaincu de la véracité de ses accusations, il doit à son tour saisir la justice afin d’établir la vérité.
Le Chef du gouvernement est également appelé à intervenir pour protéger la crédibilité de son équipe et ordonner une enquête transparente, car ces soupçons nuisent à l’image du pays et alimentent la confusion.
De même, le Parquet, représentant de l’intérêt général et de la conscience collective, devrait agir d’office si le ministère refuse d’ouvrir une enquête, afin que la vérité soit établie et transmise à la justice.
C’est par ce genre d’affaires que doit commencer la véritable lutte contre la corruption. Répondre aux attentes pressantes de la société exige des actions rapides et courageuses, non pas pour plaire à une partie, mais pour sauver la nation.
Le Maroc est un navire commun que nous partageons tous ; il ne faut permettre à personne d’y percer un trou pour des intérêts personnels.
Le pire danger pour un pays et son peuple est de transformer l’administration publique en un instrument d’enrichissement personnel.
Celui qui aspire à devenir riche dispose de voies légitimes : le commerce, l’industrie ou les métiers productifs — mais qu’il s’éloigne de l’argent public.










