Le rôle des partis politiques ne se limite pas à la participation aux élections. Le législateur leur attribue une mission essentielle : encadrer les citoyens, mais aussi préparer et contribuer à la réussite de l’ensemble du processus politique. Dans ce cadre, ils sont appelés à présenter des propositions et des visions concernant le processus électoral, qu’il s’agisse des lois à modifier ou à élaborer, ou encore de l’esprit même des élections et de la manière dont ils les conçoivent.
Notre question est la suivante : les partis disposent-ils réellement de visions concernant le processus électoral ? Quelle est leur conception des élections ? Quelle idée se font-ils de cette opération ?
Imaginons que le ministère de l’Intérieur pose aux partis politiques la question suivante : « Que sont les élections ? » Une interrogation aussi simple pourrait bien les mettre dans l’embarras, car elle touche à la raison même de leur existence. Tous les partis politiques sont nés pour participer aux élections, y compris ceux qui les boycottent. Ces derniers ne rejettent pas l’idée des élections en soi, mais la manière dont elles se déroulent, selon leurs propos.
Ainsi, la question « Que sont les élections ? » touche au cœur même de l’existence des partis politiques, une question qu’ils ne se sont peut-être jamais posée.
Or, l’attention des partis, à l’approche des élections, se focalise essentiellement sur la gestion pratique du scrutin et surtout sur la « chasse » aux notables et personnalités influentes susceptibles de garantir un siège parlementaire, dans le but de renforcer leur présence sous la coupole de l’hémicycle.
Dans le respect des lois en vigueur, il est tout à fait légitime pour un parti d’avoir des ambitions liées au nombre de sièges qu’il espère obtenir, puisque ce sont les chiffres qui déterminent le poids de la négociation pour participer au gouvernement ou le diriger, et qui confèrent également de l’efficacité à l’opposition.
Cependant, réduire l’action du parti à la recherche de figures capables d’accéder à l’institution législative, quel que soit leur niveau, relève de l’absurde. Le rôle de cette institution va bien au-delà : il s’agit de contrôler l’exécutif, c’est-à-dire le gouvernement, et d’exercer la fonction législative.
Un parti ne peut être un acteur politique s’il se limite au simple choix de personnalités pour remplir ses listes électorales. Le parti est plus que cela. Tout parti dépourvu d’une vision politique intégrée ne conserve de la politique que le nom, et du parti que l’apparence.
La vision politique commence par la définition du type de gouvernement que le parti souhaite. Certes, la Constitution fixe le cadre général et les grandes lignes de l’exécutif, mais les partis peuvent en avoir une lecture différente. C’est cette différence qui crée la distinction, faute de quoi les élections se résumeraient à une rotation des élites et à un gaspillage de l’argent public.
Un parti doit disposer d’une conception claire du paysage politique, faute de quoi il se heurtera à ses adversaires. C’est ce qui transforme parfois l’action politique en simples rapports de dépendance vis-à-vis d’un grand parti, ou en relations conflictuelles réduisant l’autre à l’état d’ennemi.
Il est donc indispensable que le parti politique ait une vision du processus électoral. Les mémorandums des partis n’ont aucune utilité s’ils ne présentent pas une conception différente, capable de façonner une scène politique concrètement applicable.
Le parti politique doit être une force de proposition et non un simple réceptacle d’« élites » qui ne représentent qu’elles-mêmes.










