Par Hasna Zouan
Le président du groupe parlementaire du Parti Authenticité et Modernité (PAM), Ahmed Touizri, a démenti l’interprétation que « les Marocains » ont faite de sa récente déclaration à la Commission des finances, dans laquelle il semblait accuser les « meuniers » de mélanger la farine subventionnée avec du papier broyé.
Le député affirme qu’il ne parlait pas de papier moulu avec la farine, mais plutôt de factures broyées — autrement dit, des bénéficiaires des 16 milliards de dirhams alloués par la Caisse de compensation à la farine subventionnée, qui présenteraient de fausses factures pour percevoir les aides publiques.
Voilà donc ce que voulait dire le parlementaire, selon ses explications, et non ce qu’ont compris les « Marocains » — qui ne sont pourtant ni naïfs ni ignorants, mais bien des professeurs universitaires, des avocats, des syndicalistes et des journalistes !
De cette mise au point, on retient que notre pain est « parfait » et sans défaut, et que les propriétaires des minoteries se contentent simplement de jouer avec les factures pour s’emparer de l’argent des citoyens.
Honnêtement, nous n’avons pas cherché à vérifier si les propos du député étaient une métaphore empruntée à d’autres — même si l’on attend d’un représentant de la nation qu’il s’exprime clairement, sans jeux de langage —, car tout simplement, le prix du papier sur le marché international dépasse celui de la farine : une rame de papier de 2,27 à 2,45 kg coûte environ 50 dirhams, tandis qu’un quintal de farine subventionnée ne dépasse pas 200 dirhams !
Nous ne sommes pas naïfs au point de croire à de telles absurdités. Cela ne revient pas pour autant à blanchir les « meuniers », tout comme nous ne blanchissons pas les « trafiquants de viande », les « trafiquants de volaille » et autres.
Nous ne sommes pas naïfs, car le plus dangereux dans les propos du député réside dans le début de son intervention, lorsqu’il a plaidé pour la suppression des subventions sur la farine dans le cadre de la réforme de la compensation, au profit d’un soutien financier direct.
Son argument ? Les subventions profiteraient aux riches plutôt qu’aux pauvres.
Un argument éculé, utilisé depuis des années pour justifier des politiques qui vident les poches des citoyens. Comment ?
Le même argument a servi de prétexte au gouvernement avant la suppression progressive des subventions sur le gaz butane (« la bouteille »), en échange de quelques miettes d’aides directes qui ont conduit les pauvres à traquer désespérément les indices des prix, en se demandant sans cesse : « A-t-il augmenté ou baissé ? »
Des miettes qui n’ont fait qu’élargir les trous des poches à cause de la flambée des prix, tandis que les profits des lobbys et des grandes entreprises ne cessaient de croître.
Ce que voulait dire le député, sans fioritures ni métaphores, c’est qu’il faut supprimer les subventions sur la farine, sous prétexte que ceux qui en bénéficient ne les méritent pas.
À la place, il propose un soutien direct au citoyen pour qu’il achète son pain au prix réel, qui pourrait atteindre 2,50 dirhams ou plus, justifié par la hausse du coût des matières premières et de la production.
Nous disons donc aux pauvres : pourquoi ne pas renoncer à votre repas principal — le pain et le thé — puisqu’ils « font grossir » !
Et sans recourir à la langue poétique ni aux figures de style — métaphores, antithèses ou allégories —, disons-le franchement : ce que les députés devraient débattre, c’est l’instauration d’un impôt sur la fortune des riches, et non pas la suppression du pain des pauvres.










