par Lakbir Belkrim
Les Marocains recourent souvent, dans leur vie quotidienne, à des proverbes populaires pour exprimer des positions ou coller une étiquette à une personne. Parmi eux figure le proverbe qui décrit l’homme à deux visages : un pour le vendeur et un autre pour l’acheteur. C’est le cas de l’expression : « manger avec le loup et pleurer avec le berger », qui illustre parfaitement l’attitude de certains partis politiques participant aujourd’hui au gouvernement. À l’approche des élections législatives de 2026, ces formations ont commencé à attaquer l’exécutif auquel elles appartiennent pourtant.
C’est le cas du Parti de l’Istiqlal, dont le secrétaire général, Nizar Baraka, a critiqué certains ministres issus d’autres partis de la majorité. Le parti a également renoué des liens étroits avec des formations de l’opposition, dont le Parti du Progrès et du Socialisme. Cette orientation s’est manifestée notamment par des critiques visant le ministère de l’Agriculture concernant les statistiques du cheptel national. L’Istiqlal n’a pas hésité à mobiliser ses relais médiatiques pour attaquer les ministres du Rassemblement National des Indépendants.
L’ambiguïté est devenue encore plus évidente lorsque le parti est resté silencieux et a donné l’impression de ménager le ministère de l’Intérieur, au lieu de jouer son rôle de négociateur et de leader politique lors des concertations sur la réforme de la loi électorale, alors que la majorité des propositions figuraient dans les mémorandums de plusieurs partis. Le revirement de Nizar Baraka contre ses partenaires de la coalition incarne bel et bien le proverbe marocain : « manger avec le loup et pleurer avec le berger ».
Il s’agit là de tentatives pour rejeter sur le gouvernement l’échec à concrétiser les promesses électorales et à répondre aux attentes des citoyens. Au moment du bilan, certains partis préfèrent se désengager, se distancier et jeter la pierre à l’exécutif, lui imputant toutes les erreurs et tous les manquements.
Les autres partis de la coalition, de leur côté, se sont mis d’accord pour exclure l’Istiqlal de toute alliance gouvernementale future. Confiants de pouvoir à nouveau gouverner après les élections de 2026, ils disent ne plus supporter un allié qui, chaque fois que les élections approchent, adopte un discours d’opposition et attaque le gouvernement dont il est pourtant membre. C’est bien le parti qui « mange avec le loup et pleure avec le berger ».
Face à cette situation, les autres composantes de la majorité estiment que l’Istiqlal sème la confusion politique et s’habitue à se ranger du côté de l’opposition à la fin de chaque mandat gouvernemental auquel il participe. À l’approche des élections, Nizar Baraka se transforme en opposant, rompant avec le pacte de coalition pour s’aligner sur l’opposition, ce qui l’a conduit à l’isolement et au silence au sein de la majorité. Ainsi, il répète une vieille habitude : à chaque fin de mandat, il se rebelle contre ses partenaires et se rapproche de l’opposition, une stratégie qu’il applique depuis toujours dans son parcours politique.










