Ce qui s’est passé à Fès, où deux immeubles se sont écroulés sur la tête de leurs habitants, est une autre tragédie qui s’ajoute à la longue série de drames que connaît notre pays. Mais ces drames passent inaperçus, tandis que leurs responsables – des individus sans scrupules – continuent d’aspirer le sang des citoyens pour leur livrer des « cabanes horizontales » qui ne diffèrent de la construction anarchique que par leur hauteur.
Les bâtiments s’effondrent toujours, mais malheureusement ceux qui devraient assumer la responsabilité de leur effondrement ne tombent jamais. Ils sont nombreux : des intervenants et des acteurs dont certains portent une responsabilité directe et d’autres une responsabilité liée à leurs fonctions. Du promoteur aux responsables du béton armé, en passant par l’ingénieur, le technicien, les contrôleurs, jusqu’aux autorités chargées d’octroyer les autorisations, qui se montrent strictes ou laxistes selon la « générosité » du porteur de projet.
Derrière chaque catastrophe se cache une conscience absente.
Il existe une exploitation ignoble du besoin humain fondamental de se loger et d’assurer un toit à sa famille. On ne peut blâmer un pauvre qui accepte d’habiter un logement indigne ou construit sans respecter les normes ; le reproche revient à ceux qui ont permis à ces spéculateurs de commercer avec la vie des humains.
Ce que ces responsables – et le gouvernement – oublient, c’est que le droit à un logement décent est un engagement constitutionnel et un droit garanti par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que par les articles 31 et 34 de la Constitution marocaine concernant l’accès au logement décent.
Le logement décent répond à des normes qu’il est absolument impossible d’ignorer. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies ne considère pas seulement le logement comme un simple lieu d’habitation, mais comme un espace qui garantit la sécurité structurelle, la protection contre les dangers, la qualité des bâtiments, l’accès aux services essentiels, la sécurité d’occupation et un emplacement approprié.
On ne peut parler de logement décent sans renforcer l’accès des citoyens à celui-ci en tant que droit social fondamental, en cohérence avec les engagements constitutionnels et internationaux et avec les orientations du Nouveau Modèle de Développement. Il est également indispensable d’élaborer une stratégie nationale globale pour réduire la répétition des effondrements, fondée sur la prévention, le contrôle rigoureux et le développement des mécanismes de suivi et d’anticipation.
Aujourd’hui, nous sommes devant une catastrophe qui compte des martyrs et des victimes ; il est donc inadmissible de traiter ce dossier comme s’il ne s’était rien passé. Une enquête approfondie doit être ouverte — ce qui constitue un pas positif — mais il est impératif que les citoyens connaissent les résultats de cette enquête et les sanctions qui en découleront.
Lorsqu’on regarde le secteur de l’immobilier et de la construction, il apparaît comme un ensemble d’îlots isolés, alors que les intervenants y sont multiples. Le premier pilier d’une construction saine est la coordination institutionnelle à des niveaux élevés, sachant que ce secteur implique la responsabilité de plusieurs ministères, administrations territoriales et conseils élus.
Les drames liés au logement découlent de la fraude et de la complicité ; une véritable guerre doit être menée contre ces violations dangereuses. N’oublions pas non plus que certains effondrements sont dus à la vétusté des constructions, un problème qui nécessite une solution radicale.
En somme, des mesures fortes doivent être prises pour garantir la sécurité des citoyens et tenir pour responsables tous ceux qui méprisent les vies humaines.










