Une question que nous posons, et que les Marocains se posent avec nous : où est le gouvernement face à la catastrophe de Safi, ou plutôt face à sa tragédie ? Pourquoi le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, ne s’est-il pas déplacé dans ce contexte ? Pourquoi n’a-t-il pas pris sa voiture, ou même un hélicoptère si nécessaire, pour se rendre sur place ? Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas communiqué sur cette catastrophe ? Et, a minima, où sont les ministres directement concernés par les opérations de secours ?
Le Chef du gouvernement, en sa qualité de président du Rassemblement National des Indépendants, a sillonné de nombreuses régions du Maroc en mettant en avant les réalisations de son gouvernement. Pourquoi alors n’a-t-il pas pris la peine d’intégrer Safi dans cette campagne prématurée ? Cette région est-elle vouée à la marginalisation alors qu’il s’agit d’une zone maritime et industrielle ? Comment le gouvernement a-t-il pu laisser la capitale de la poterie voir sa poterie se briser, en s’en remettant uniquement aux bras de ses jeunes, en l’absence de moyens pourtant budgétisés, sans que l’on sache réellement pourquoi ils le sont ?
Safi est une ville sinistrée à l’évidence, aux yeux de tous. Quant à ceux qui invoquent des critères juridiques, qu’ils les mettent de côté, car la notion de catastrophe signifie la mort hors classification, la perte de tout et le besoin accru de tout. Et puisque le gouvernement se dit très respectueux de la loi, l’absence de certains critères n’empêche nullement le Chef du gouvernement de prendre une décision administrative pour déclarer Safi et ses environs zone sinistrée, au vu de la convergence de plusieurs facteurs ayant conduit à cette catastrophe.
Certes, le critère des précipitations peut être déterminant dans la classification d’une zone sinistrée, mais dans le cas de Safi, les pluies ne sont pas les seules responsables. D’autres facteurs sont intervenus et peuvent être pris en compte collectivement pour déclarer la ville sinistrée.
Quel est l’intérêt de déclarer Safi ville sinistrée ? Cela permettrait au gouvernement de redoubler d’efforts dans les opérations de secours et d’hébergement, et surtout d’indemniser les sinistrés qui, sans une telle décision, n’obtiendront rien. Et ce, alors que des rapports font état de pertes énormes, et que certains citoyens ont tout perdu, se retrouvant sans rien, même privés de la plus simple natte.
L’activation du Fonds de solidarité contre les catastrophes est, dans ce cas, d’une importance capitale, car elle permettrait d’alléger la pression sur la ville. La question demeure donc : qu’est-ce qui empêche le Chef du gouvernement de prendre une décision administrative que la loi lui permet, à savoir déclarer Safi zone sinistrée ? Pourquoi, à tout le moins, le stock stratégique de secours en cas de catastrophes n’a-t-il pas été mobilisé, alors que de nombreuses sources ont fait état de citoyens livrés à eux-mêmes, à l’exception des efforts remarquables de certaines institutions, comme la protection civile et les hôpitaux, en l’absence quasi totale de moyens adaptés à une situation de cette ampleur ?
L’absence du Chef du gouvernement de la scène de la catastrophe, tout comme celle des ministres, et leur non-déplacement sur le terrain, constituent un mépris pour la mémoire des victimes qui ont péri avec leurs maisons et leurs biens, victimes de la négligence persistante du gouvernement face aux alertes et avertissements répétés, et de l’irresponsabilité de certains responsables quant aux règles d’urbanisme et d’habitat.
Dans tous les pays du monde, lorsqu’une catastrophe survient, le Chef du gouvernement met de côté tous ses dossiers pour prendre personnellement en main la gestion de la crise, qui exige une concentration totale des efforts. Sauf que, dans notre pays, il semble que le Chef du gouvernement et ses ministres aient d’autres priorités que nous peinons à comprendre.










