À l’approche du mois de Ramadan, qui survient cette année après que le Maroc a surmonté sans heurts les séquelles des inondations et après le retour des citoyens évacués dans leurs foyers, les rapports continuent de faire état d’une stabilité générale des marchés, à l’exception du marché du poisson, où des prix anormalement élevés ont été enregistrés.
Si l’on rappelle les choses à leur juste place, la hausse des prix n’est pas imputable uniquement au vendeur spéculateur et cupide, mais aussi au citoyen consommateur. En effet, le Ramadan est marqué par des rituels particuliers : des rituels religieux, sur lesquels il n’y a rien à redire sinon qu’ils doivent être accomplis dans le respect de leur caractère sacré, et d’autres rituels liés à la table, qui diffère de celle des jours ordinaires.
La table marocaine du Ramadan a connu une évolution considérable, au point d’être parfois garnie de mets qui ne sont pas consommés et finissent à la décharge. Aujourd’hui, cette table pèse lourdement sur le citoyen marocain et même sur l’économie nationale. Des statistiques estiment que la consommation augmente de moitié pendant le Ramadan, tandis qu’un tiers de la nourriture, en général, est jeté avec les déchets. Il s’agit là d’une forme de gaspillage « diabolique », en totale contradiction avec la dimension spirituelle du mois sacré.
Les occasions religieuses ne devraient pas devenir un fardeau pour les gens, et elles ne sont pas censées l’être. Si elles se transforment en « cauchemar », cela signifie que la notion même de « rituel » a dévié de son sens et perdu sa signification. À la recherche de ce sens, il convient de relier la question à sa généalogie, afin d’identifier les altérations qu’elle a subies depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui.
Le Ramadan est un mois de dévotion et de quête de pardon. Il n’est pas dépourvu non plus d’ambiances de convivialité et de visites familiales, mais cela se faisait autrefois sans coûts excessifs pour les budgets, en s’appuyant sur des savoir-faire que les femmes ont acquis au fil de l’histoire pour embellir la table avec des « mets savoureux » peu onéreux, grâce auxquels les tables se distinguaient, avec des variations d’une région à l’autre.
Cependant, le fait que le « rituel » soit sorti de son cadre naturel — à l’image du climat qui sort de ses normes — a libéré chez l’être humain une forme de « manque de discipline ». Il n’est pas naturel qu’une occasion devienne un fardeau lourd, où les gens rivalisent pour acheter tout ce que l’âme désire parmi les produits exposés dans les rues et les échoppes.
Pour ne rien arranger, nombre de prêcheurs du « progrès », au lieu de se concentrer sur la discipline des rituels, leur sont hostiles, rendant ainsi leur discours inaudible, et proposent des idées dont la société n’a nul besoin, au nom de l’adoption de valeurs universelles. Ils oublient que le particulier recèle ce qui est utile et nous prépare à accueillir l’universel sans choc ; nous faisons ici référence aux principes du « bien et du mal selon la raison », une question qu’ils ne comprennent pas.
Ni la religion ni la morale ne cautionnent l’excès associé au gaspillage, lequel peut être remplacé par des tables empreintes de modestie, en harmonie avec la pureté du mois béni. Il n’existe pas un seul texte qui puisse justifier la situation actuelle ; au contraire, tous insistent sur l’interdiction du gaspillage : « Les gaspilleurs sont les frères des diables. » Il est donc possible de remplacer la fraternité avec le diable par la fraternité entre les êtres humains, la solidarité, la générosité, l’entraide, et l’abstention d’acheter ce qui ne sera pas consommé.










