Les Égyptiens utilisent l’expression « comme un sourd dans une noce » pour désigner quelqu’un qui ne comprend rien à ce qui se passe autour de lui, car, aussi forte que soit la musique, elle n’atteint pas le sourd. C’est ainsi que sont devenus aujourd’hui les journalistes au Maroc, et de la même manière les organisations professionnelles se sont transformées en instances qui ne savent rien de ce qui se trame dans les rouages du gouvernement, en particulier au sein du ministère de tutelle du secteur. Personne ne sait quoi que ce soit avant que le ministre ne prenne la parole.
Et nous rendons grâce à Dieu que le Maroc dispose d’institutions capables, parfois, de dire que ce que fait le ministre chargé du secteur de la presse ne mènera à aucun résultat, tant cela est empreint d’ambiguïté et d’atteintes à la Constitution et à la loi. C’est dans ce contexte qu’est intervenu le retrait du décret relatif à la désignation d’une commission chargée de gérer les affaires de la presse et de l’édition, censée remplacer un système d’autorégulation en panne depuis trois ans.
La preuve de cette confusion et de cette instabilité réside dans le fait que le Conseil national de la presse, arrivé au terme de son mandat électif, a traversé plusieurs phases : une prorogation de six mois du précédent conseil, censée permettre la préparation des lois, sans qu’aucun travail réel ne soit engagé dans ce sens ; puis la mise en place d’une commission provisoire que le ministre voulait initialement appeler « commission de gestion », avant que les gardiens de la loi ne s’y opposent et n’imposent l’appellation « commission provisoire chargée de la gestion des affaires de la presse ». Et ce n’est qu’après l’expiration du mandat de cette commission, qui a duré deux ans, que l’on a commencé à parler des lois.
Celui qui planifie la politique de la presse semble rechercher le flou et l’ambiguïté. S’il avait voulu la clarté, il aurait pensé à modifier les lois durant le mandat ordinaire. Or rien n’a été envisagé avant la fin des missions, et aucune réflexion n’a été menée sur le mode de gestion du Conseil après l’achèvement du mandat de la commission provisoire, sauf une fois le délai qui lui était imparti arrivé à son terme.
Aujourd’hui, le ministre multiplie les déclarations affirmant qu’un accord existerait entre les parties concernées et que les journalistes seraient « comme l’huile et le miel ». Il a évoqué le retrait du décret relatif à la création d’une commission administrative, arguant que la loi n’était pas en sa faveur, et a tenté d’écarter toute responsabilité en la faisant porter sur un collègue du gouvernement. Or la logique veut que le ministre de tutelle soit celui qui présente le décret, ce qui a soulevé mille interrogations sur la cohérence gouvernementale.
Le ministre a également parlé du projet de loi relatif à la réorganisation du Conseil national de la presse, adopté par le Conseil de gouvernement, affirmant que le ministère avait tenu compte des observations de la Cour constitutionnelle, alors même que celle-ci avait demandé une refonte complète de l’architecture du texte, sans parler des dispositions nécessitant une réécriture parce qu’elles contreviennent à la Constitution.
Le ministre n’a pas consulté les principaux concernés ni dialogué avec les organisations professionnelles. Il aurait pourtant fallu revenir à une approche participative afin que la loi ne voie pas le jour dans un nouveau climat de polémique. Et, comme toujours, la source de la controverse réside dans l’exclusion des professionnels, qui, comme tout le monde, ont appris l’existence d’un projet de loi dont aucun ne connaît ni le début ni la fin. La situation s’est encore aggravée lorsqu’il a été question d’une commission bipartite chargée de la répartition des aides, sans que l’on sache qui y représente les entreprises de presse.
Les journalistes vont-ils continuer à garder le silence ? Que veut exactement Ben Said ?










