La loi vient toujours répondre aux questions que pose la réalité, ou à ce qu’il est possible de prévoir à un moment donné. C’est pourquoi le retour du débat autour des lois électorales constitue un signe de bonne santé démocratique. En effet, la politique dans notre pays est devenue une routine sans créativité. Aujourd’hui, avec l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes descendus dans la rue pour protester, il est apparu clairement que les partis politiques ne sont plus capables d’intégrer ces jeunes — non pas parce que cela est impossible, mais parce que les vieux de la politique ne le veulent pas.
Fermer la porte de la politique aux jeunes interpelle directement les partis sur leur rôle central dans la société. Ces jeunes ne sont pas sortis sans conscience politique, mais en rejetant la politisation de leurs revendications, alors même qu’ils pratiquent la politique sous sa forme la plus large. Ce refus est la conséquence de décennies d’inertie des partis, incapables de s’adapter aux évolutions profondes de la société.
Les partis politiques ont fermé leurs portes à une génération dont toutes les références ont changé, une génération qui ne ressemble plus à celles du passé. Il ne s’agit pas d’exclure les générations précédentes au profit d’une seule, mais de reconnaître que la “génération d’aujourd’hui” pense et agit différemment, qu’elle appréhende les enjeux à travers le prisme d’une ère technologique sans précédent.
Les partis n’ont pas su créer les mécanismes d’intégration nécessaires dans leurs structures et leurs mentalités. Certes, un parti a le droit démocratique de choisir librement ses dirigeants, mais ce qui est démocratique n’est pas toujours moralement acceptable. On ne peut pas s’attendre à ce que des vétérans de la politique, qui ont commencé à militer à l’époque où la radio était le principal moyen de communication, puis la télévision en noir et blanc, avec seulement quelques heures d’émission par jour, comprennent pleinement les réalités vécues par des jeunes connectés au monde entier, en contact permanent avec des pairs issus de contextes politiques, économiques, sociaux et culturels très différents.
Toutes les générations s’influencent mutuellement. Les anciens politiciens ne peuvent nier avoir été eux-mêmes influencés par leurs homologues d’autres pays, mais à leur époque, cette influence était lente. Aujourd’hui, l’influence circule à une vitesse fulgurante, transformant la manière même de penser.
L’initiative du législateur visant à ouvrir la voie aux jeunes en leur permettant de se présenter sur des listes indépendantes, tout en leur attribuant un soutien financier s’ils ont moins de 35 ans, constitue une mesure essentielle pour éviter le blocage provoqué par les partis politiques et pour percer les clôtures qu’ils ont érigées autour d’eux-mêmes. À la fin des années 1970, un tel blocage avait déjà été dépassé par l’émergence du phénomène des indépendants, qui, en créant un nouveau parti, avaient réussi à accueillir les cadres marocains ne se reconnaissant dans aucun parti existant, avant que ce mouvement ne s’essouffle avec le temps.
Aujourd’hui encore, il est possible de contourner l’immobilisme des partis en soutenant les jeunes. Ces derniers pourraient soit rejoindre les formations existantes et les bousculer de l’intérieur, soit donner naissance, après les élections, à une nouvelle dynamique partisane. Quelles qu’en soient les issues, la participation des jeunes à la vie politique demeure un signe de vitalité, capable de sauver la scène politique de son évident enlisement.










