Le gouvernement marocain fait face à des avertissements répétés, émanant à plusieurs reprises d’institutions constitutionnelles telles que le Conseil économique, social et environnemental, le Conseil national des droits de l’Homme et l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, ainsi que d’organismes internationaux. Parmi ces derniers figure notamment le rapport de l’UNESCO sur l’éducation au Maroc, qualifié de préoccupant, ainsi que le récent rapport de la Banque mondiale.
Il s’agit d’un signal clair adressé au gouvernement par une institution financière internationale. Bien que le Fonds monétaire international ne soit pas réputé pour privilégier les dimensions sociales, il a néanmoins formulé un avertissement explicite.
Dans son rapport, le FMI souligne que les mesures prises par le gouvernement dans le cadre des préparatifs pour l’accueil de la Coupe du monde comportent des risques importants. Un dépassement des limites fixées pourrait entraîner une aggravation de la dette sans amélioration de la productivité.
Selon le même rapport, les pressions structurelles, notamment l’urbanisation rapide, la croissance démographique et l’augmentation de la demande en services, mettent en évidence la nécessité d’accroître les investissements afin de renforcer les capacités et de combler les écarts d’accès.
Toujours d’après le FMI, la réduction des déficits en infrastructures pourrait jouer un rôle central dans la stimulation de la croissance et du développement. Une augmentation des investissements en infrastructures équivalente à 1 % du PIB pourrait, à long terme, entraîner une hausse de la production d’environ 4 %.
Le message du rapport est sans équivoque : il appelle à passer d’un « gouvernement du Mondial » à un « gouvernement du développement ».
Il y a quelque temps, l’idée d’un « gouvernement du Mondial » avait été mise en avant, suggérant que le futur exécutif issu des élections de septembre serait principalement chargé de préparer l’organisation de la Coupe du monde 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal. Une approche jugée risquée, car elle tend à réduire les priorités nationales à un seul événement sportif.
Par ailleurs, cette vision ne tient pas compte des aléas politiques, notamment la possibilité de changement de gouvernement avant l’échéance, conformément aux mécanismes constitutionnels tels que la motion de censure. Dès lors, qualifier un exécutif de « gouvernement du Mondial » apparaît comme une démarche hasardeuse.
Les efforts semblent avoir été largement concentrés sur les projets liés à cet événement, comme l’a justement souligné le FMI. Celui-ci insiste sur la nécessité de combler les déficits existants, qu’ils résultent des politiques publiques ou de l’évolution naturelle des besoins de la société.
Ainsi, il devient impératif d’abandonner la logique du « gouvernement du Mondial » au profit d’un « gouvernement du développement », capable de générer des investissements structurants, de renforcer les capacités nationales et de réduire les inégalités, sous peine de s’exposer à de graves conséquences.
Par nature, un gouvernement doit adopter une vision stratégique. Certes, les orientations peuvent être ajustées en fonction des circonstances. Toutefois, les conflits internationaux ont des répercussions durables, notamment sur des secteurs comme le tourisme, étroitement lié aux projets sportifs, et qui risque de pâtir des effets de ces crises.
Dès lors, les prévisions ne peuvent être établies qu’à partir de stratégies solides. À titre d’exemple, un budget fondé sur un prix du pétrole estimé à 65 dollars le baril peut rapidement devenir obsolète, alors que celui-ci avoisine aujourd’hui les 120 dollars. Si les tensions se poursuivent, les prix pourraient atteindre des niveaux encore plus élevés, rendant caduques toutes les projections initiales.










