Le rapport annuel de l’Institution du Médiateur, récemment publié, s’impose comme une claque que le gouvernement ne peut esquiver. Après avoir semé le doute à plusieurs reprises sur les rapports du Haut-Commissariat au Plan, du Conseil économique, social et environnemental, de l’Instance nationale de la probité et de la lutte contre la corruption, et presque remis en cause ceux de Bank Al-Maghrib, voici qu’aujourd’hui, nous disons à l’exécutif : le Médiateur aussi, Madame la Gouvernement.
Toutes ces institutions constitutionnelles, qui ont émis des rapports selon leurs domaines respectifs, ne peuvent pas, toutes ensemble, se tromper ou s’égarer. Elles ne représentent ni partis, ni individus, ni mouvements ; elles s’appuient sur des méthodologies rigoureuses et des critères scientifiques propres à leurs champs d’action. D’où l’absurdité d’une fuite en avant du gouvernement, qui ne fait qu’aggraver les crises au lieu de les résoudre.
Le gouvernement semble adopter une méthode bien rodée : détourner le regard face aux dysfonctionnements, ou faire semblant de ne rien voir, de ne rien entendre. Une attitude qui trahit l’esprit même de la Constitution, laquelle a consacré les institutions de gouvernance non comme simples façades, mais comme des outils centraux d’aide à la décision, mis à disposition de l’exécutif.
Si le gouvernement faisait preuve de discernement, il comprendrait que ces rapports ne sont pas dirigés contre lui. Ils constituent, au contraire, une base de travail précieuse pour affronter les défis. Lorsqu’une institution constitutionnelle signale des défaillances, elle ne se comporte pas en adversaire politique, mais en vigie publique, soucieuse de prévenir les dérives. Chaque rapport formule des recommandations destinées à corriger les déséquilibres.
Ces recommandations ne sont pas une charge pour le gouvernement, mais un allègement. Elles l’exonèrent de l’effort de diagnostic initial, en lui livrant les points de tension sur un plateau. Mais voilà : le gouvernement, lui, ne voit que la rouille du métal, et prend chaque alerte comme une attaque. Or ces cris d’alarme sont lancés au nom de la patrie, notre navire commun, que nul ne devrait saborder, et que nous devons tous protéger de toute brèche.
Le rapport annuel du Médiateur s’est penché sur des problématiques cruciales pour les citoyens marocains, à travers les plaintes et doléances reçues. Il met notamment en lumière des enjeux comme l’accès au logement, aux soins, au programme « Forsa », à l’administration et à la justice. L’accès aux soins, en particulier, est en situation critique : le gouvernement mise sur un marketing de façade, alors que les prestations médicales réelles sont largement insuffisantes. Quant au remboursement des frais, il demeure marginal, compliqué et sans commune mesure avec les dépenses réelles des patients.
S’il se veut équitable, le Chef du gouvernement devrait reconnaître que l’Institution du Médiateur n’agit ni de manière hasardeuse, ni sur des impressions, mais selon une démarche rigoureuse. Cela s’est illustré notamment dans le traitement de deux plaintes collectives relatives au programme « Forsa ». L’institution les a classées avec sérieux, a ouvert des dossiers individuels, et a remis à la primature une série de propositions concrètes.
Il ne s’agit pas ici de détailler le contenu du rapport du Médiateur, mais de rappeler une vérité fondamentale : les institutions constitutionnelles sont au service du gouvernement, non ses ennemies. À lui d’en faire bon usage.










