La religion s’adresse à tous, mais sa juste compréhension n’est pas accessible à tout le monde. Cela ne signifie nullement la monopolisation de l’interprétation religieuse à des fins matérielles, comme ce fut le cas dans la chrétienté médiévale, lorsque certains hommes d’Église vendaient des indulgences. Toutefois, afin que la religion ne devienne pas un instrument entre les mains de ceux qui cherchent à l’exploiter, il est nécessaire d’établir des fondements solides pour la lecture du texte sacré, afin d’éviter tout glissement vers l’extrémisme, surtout à l’ère des réseaux sociaux.
Le défi majeur auquel la religion est aujourd’hui confrontée est celui de l’intelligence artificielle. Cet outil, qui rivalise avec l’être humain et le dépasse parfois dans l’accumulation des connaissances — sans pour autant atteindre la compréhension véritable — pose une problématique nouvelle face à l’interprétation des textes religieux. Malgré sa capacité à produire d’immenses quantités d’informations, l’intelligence artificielle demeure limitée par sa nature même : elle ne possède ni critère absolu de vérité ni conscience du juste. Nul ne peut aujourd’hui affirmer que tout ce qu’elle produit représente la vérité.
C’est dans ce contexte que s’est tenu le Conseil académique de la Rabita Mohammadia des Oulémas du Maroc. Le choix des thèmes abordés, tels que la protection de la religion contre les intrus des réseaux sociaux ou encore la relation entre religion et intelligence artificielle, n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans une volonté de consolider la sécurité spirituelle du Maroc, de renforcer les constantes de son identité religieuse et de protéger la pratique religieuse contre les dérives menaçant la modération et l’équilibre.
Le monde traverse aujourd’hui des mutations profondes qui peuvent bouleverser tous les équilibres si des mesures préventives ne sont pas prises. Ces transformations exigent des compétences nouvelles ainsi qu’une capacité d’adaptation permettant d’en tirer profit.
Au Maroc, l’institution de la Commanderie des croyants demeure le rempart essentiel face à ces influences extérieures. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, les institutions savantes sont régulièrement appelées à clarifier le sens des textes religieux afin de permettre aux citoyens d’acquérir les outils d’une compréhension saine de la religion, particulièrement à l’époque de l’essor rapide de l’intelligence artificielle.
Cependant, relever ce défi nécessite des efforts collectifs importants. Les institutions religieuses doivent œuvrer à rapprocher du public une méthodologie équilibrée de compréhension, tout en favorisant l’usage positif des outils numériques et des applications de l’intelligence artificielle au service du progrès humain et du développement.
Les oulémas ne peuvent proposer de solutions efficaces sans une connaissance profonde de la réalité, de ses problématiques et de ses besoins. Face aux évolutions actuelles, il devient indispensable de développer de nouveaux moyens permettant de rapprocher la religion de la société selon une approche modérée, fondée sur la tradition marocaine incarnée par la trilogie de référence : le fiqh malikite, la doctrine acharite et le soufisme de Junayd. Cette trilogie a permis au Maroc de se préserver des excès et des radicalismes qu’ont connus d’autres pays.
Car la juste compréhension de la religion ne peut naître que de la production du sens, à la fois à travers la religion et à travers la réalité.










