La logique commerciale à but lucratif s’est étendue à tous les domaines, au point qu’il n’existe plus de distinction entre ceux qui relèvent naturellement du marché et ceux qui ne devraient pas y être soumis.
Lorsqu’on parle de secteurs régis par la logique commerciale, cela ne justifie en rien l’épuisement actuel de la capacité des Marocains à vivre dignement, face à une flambée des prix totalement démesurée. Mais certains domaines ne devraient en aucun cas être soumis à cette logique, à commencer par le marché du livre et des fournitures scolaires.
Comme nous le répétons toujours, l’essentiel à la vie ne doit pas être soumis aux lois du commerce : alimentation, boissons, produits de première nécessité. Les biens complémentaires, dont on peut se passer, ne relèvent pas de cette logique. À plus forte raison, des produits que l’État devrait subventionner, puisque ce sont les familles qui en supportent le coût alors que l’éducation est obligatoire pour tous les citoyens.
L’obligation scolaire ne se limite pas à fournir des salles de classe, de la craie et des enseignants. Elle implique de garantir les conditions permettant à toutes les familles de scolariser leurs enfants sans charges excessives. Cela suppose une régulation stricte de ce marché, afin de ne pas l’abandonner à des lobbies qui ne se préoccupent ni de l’éducation des citoyens ni des difficultés des familles, mais uniquement du remplissage de leurs comptes bancaires.
Le problème ne vient pas des commerçants eux-mêmes, mais du gouvernement, qui laisse chaque rentrée scolaire se transformer en supplice pour les ménages.
Aujourd’hui, aucune famille ne peut prévoir le coût de la rentrée. Beaucoup se résignent à subir l’avidité des “prédateurs” ou recourent à de petits crédits pour couvrir le manque, car il n’existe plus aucune norme de prix. La hausse des fournitures ressemble à celle des légumes, ou encore à la flambée du prix des moutons avant l’annulation de l’Aïd al-Adha.
Il n’existe aucun contrôle réel du marché des livres et fournitures scolaires. Quant aux manuels importés, les prix atteignent des niveaux exorbitants, souvent multipliés par rapport à leur valeur réelle, selon les spécialistes du secteur.
Dans le monde, dans les pays dotés de gouvernements responsables, l’école n’est pas un marché ni un lieu de spéculation. L’école est à la base du progrès et de l’élévation, et devrait donc être placée sous la logique du soutien public, avec une révision rigoureuse du marché du livre et des fournitures scolaires.
Une question mérite d’être posée : pourquoi certaines entreprises marocaines de fabrication de fournitures scolaires ont-elles disparu, au point que la majorité des besoins des élèves soient aujourd’hui couverts par l’importation ?
Malheureusement, certaines politiques publiques se sont appliquées à tous les secteurs : nous étions un pays producteur de blé, nous en sommes devenus importateurs majeurs. Nous exportions du riz, nous en importons désormais. Et voici que l’école, elle aussi, repose en grande partie sur des produits importés. C’est une situation alarmante, qui expose le pays à un risque accru de décrochage scolaire, une véritable plaie qui inquiète tout le monde et pour laquelle aucune solution n’a encore été trouvée : environ un million et demi de Marocains âgés de 15 à 24 ans sont aujourd’hui hors du système éducatif, de la formation et du marché du travail.
Appliquent-ils donc le dicton : “Celui qui ne se lève pas, accable-le encore davantage” ?










