L’affaire des « Faraqchia » continue de susciter la polémique. Dans le langage populaire marocain, ce terme désigne les voleurs de bétail. Il est aujourd’hui utilisé pour qualifier certaines entreprises qui ont profité, de manière illégitime, des subventions accordées à l’importation de moutons, sous prétexte de combler le déficit enregistré sur le marché national à l’approche de l’Aïd Al-Adha, et dans le but affiché de maintenir un équilibre entre l’offre et la demande afin d’éviter une flambée des prix.
Des milliards de dirhams ont été détournés par ceux qu’on appelle désormais « les Faraqchia », mais les prix n’ont pas baissé — bien au contraire, ils ont atteint des sommets. Face à cette situation, le citoyen marocain n’a eu d’autre choix que de recourir massivement aux crédits, s’endettant pour pouvoir acheter un mouton pour l’Aïd. Ainsi, ceux qui ont bénéficié de fonds publics sous prétexte de stabiliser le marché n’ont fait qu’augmenter les chiffres de leurs propres comptes bancaires.
Le plus choquant dans cette affaire, c’est qu’après la publication de la liste des entreprises bénéficiaires, il s’est avéré que certaines n’ont aucun lien avec l’importation de bétail, opérant dans des secteurs totalement étrangers à cette activité. Cela montre clairement que certains ont inondé le marché uniquement dans le but de s’accaparer l’argent public destiné à ceux qui en ont réellement besoin.
Ce qui s’est passé ne peut être qualifié autrement : les « Faraqchia » sont bel et bien des commerçants de crise, profitant cyniquement d’une situation étouffante qui fragilise le pouvoir d’achat des Marocains. Ils ont exploité la situation de manière abjecte, épuisant le budget public sans qu’aucun impact positif ne se fasse ressentir sur les prix du bétail, d’autant plus que le bétail importé reste invisible sur les marchés, au point que certains citoyens ironisent en disant qu’ils aimeraient au moins le voir en photo.
La crise actuelle que traverse le Maroc, marquée par une flambée généralisée des prix, semble avoir ses propres « commerçants », qui ne se contentent pas de tirer profit de la spéculation, mais bénéficient aussi des aides publiques, financées par les contribuables sans que cela n’améliore leur quotidien. Au contraire, les prix des moutons ont atteint des niveaux exorbitants.
Dans un pays en crise, un gouvernement cherche normalement des solutions pour rétablir les équilibres nécessaires à la continuité de la vie économique et sociale. Mais chez nous, il semble que l’on cherche plutôt à aggraver la situation, car certains tirent profit de la crise comme d’autres profitent de la guerre — sans compassion ni scrupules, ne regardant que le solde de leurs comptes en banque.
Nous avons alerté dès le début du mandat de ce gouvernement : la mainmise du « regroupement des grands intérêts », dirigé par Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, aura de graves conséquences sur la vie des citoyens. Quand celui qui prend les décisions est lui-même commerçant, quand il fixe les règles budgétaires dont il profite directement, la confusion des rôles devient dangereuse.
C’est cette domination du « regroupement des grands intérêts » sur les rouages de l’État qui permet à une minorité de s’enrichir de millions de dirhams, en contrepartie d’un demi-million de têtes de moutons importés — alors que le marché en nécessite six millions pour l’Aïd. Toute cette opération n’était qu’un prétexte fallacieux pour détourner des fonds publics.